Revue Française des Méthodes Visuelles
Migration[s] en images

N°4, 06-2020
ISBN : 978-2-85892-471-4
https://rfmv.fr/numeros/4/

Téléphones portables et parcours migratoires

Mise en images de trajectoires de vie

Fabio La Rocca, Maître de conférences, Université Paul-Valery Montpellier 3, LERSEM-IRSA EA48

Matthijs Gardenier, Newton International Fellow, University of Manchester, SoSS

La question des migrations, en tant que phénomène humain complexe, affecte les dimensions de la vie sociale et caractérise de plus en plus notre société contemporaine. Dans cette perspective, quel rôle joue l’image ? Ici, nous essayons d’aborder la relation image/migrant à partir d’une élaboration des parcours migratoires, afin de comprendre leur quotidien et leur vécu. La méthode qualitative visuelle est l’instrument qui permet de montrer la trajectoire des personnes en situation de migration avec la construction de récits de vie fondés sur l’approche visuelle. L’analyse de ce phénomène sera ici explorée à travers l’usage du téléphone portable : ses photographies construisent une modalité expérientielle et de mémoire et sont significatives du parcours du migrant. L’image photographique est un signe de présence, d’un être-là participant aussi à la trajectoire de l’être migrant. Le téléphone portable, dans ce sens, est un outil de projection et de participation, un acte de construction de sa propre mémoire. Ainsi, notre réflexion se basera sur une présentation théorico-méthodologique de l’importance de l’image et sur une exploration compréhensive et visuelle de la construction de la trajectoire du migrant, et ce, afin d’établir un questionnement du monde social.

Mots-clés : Migrants, Quotidien, Visibilité, Images

The thematic of migrants, as a human complex phenomenon, affects the dimension of the social life and characterize more and more our contemporary society. In this perspective, what role do images play? Here we try to approach the image-migrant relationship from a development of the migrant’s journey in order to understand their daily lives and their experiences. The qualitative visual method is the instrument used to show the trajectory of people in a situation of migration reconstructing their life stories using a visual approach. The analysis of this phenomenon will be explored here through the use of the mobile phone: his photographs will form an experiential and memory modality as well as a significant feature of the migrant’s journey. The photographic image is then a sign of presence, of a being that also participates in the trajectory of the migrant. In this sense, the mobile phone is a tool of projection and participation, an act of construction of one’s own memory. Our reflection will then be based on a theoretical and methodological presentation of the importance of the image and a comprehensive and visual exploration of the construction of one’s trajectory in order to establish a questioning of the social world.

Keywords : Migrants, Daily life, Social visibility, Images

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Galerie des images
Image 1 – H., migrant, nous montre sur son téléphone les blessures occasionnées par un berger allemand que les forces de l’ordre lui ont lâché dessus à Calais. Image 2 – La fille de E. Image 3 – Des mères et leurs enfants au cours d’un focus group sur la malnutrition au Burkina Faso Image 4 – La fille d’une famille d’amis au Sénégal.

Téléphones portables et parcours migratoires

Mise en images de trajectoires de vie

Le monde est ce que nous voyons et pourtant il nous faut apprendre à le voir

Maurice Merleau-Ponty

Introduction

Cet article entend proposer une réflexion méthodologique autour d’un projet de recherche franco-brésilien (CAPES-COFECUB) ayant pour thème les migrations en France et au Brésil. Utilisant les méthodes de la sociologie visuelle, celui-ci a pour ambition de questionner, dans une démarche comparative, les subjectivités et les vécus des migrants au cours de leurs trajectoires migratoires en France et au Brésil1. Ici en particulier, nous présentons une partie de terrain réalisé à Montpellier auprès d’un groupe d’immigrants avec le choix d’utiliser les outils visuels dans la démarche d’analyse du phénomène. Les méthodes de la sociologie visuelle servent à dresser une cartographie de la vie quotidienne des migrants : comprendre la trajectoire migratoire, c’est aussi appréhender la quotidienneté et sa texture. L’idée est de co-élaborer avec des migrants une prise de vue avec des appareils de téléphone portable afin de constituer une série de photographies qui revêtent une importance significative pour eux, et ainsi d’envisager leur manière d’habiter la ville mais surtout la manière dont leur vie quotidienne se structure.

L’analyse des données visuelles traitées de manière thématique et iconographique permettra d’explorer des facettes de l’univers des migrants, dans une dynamique de valorisation de leur vie quotidienne à travers une approche ethno-méthodologique qui vise à la signification, ou mieux, à la compréhension de la vie ordinaire (Coulon, 1987). Nous tenons à préciser que cet article ne présente ces données qu’à titre exploratoire. En effet, y sont présentées les données issues du travail sur une seule trajectoire individuelle, dont l’analyse nous permet d’affiner et de mettre en œuvre les outils méthodologiques. Dans le cadre du projet de recherche, nous mènerons ultérieurement des analyses sur un groupe entier de participants et participantes. Il s’agit dès lors d’une proposition de méthode exploratoire basée sur le récit de vie et la pratique de la photographie, dont l’analyse comparative sera faite ultérieurement.

Dans notre réflexion, nous présenterons d’abord le cadre théorique en soulignant l’importance de l’image d’un point de vue théorique et méthodologique en se plaçant dans la lignée des approches de la sociologie visuelle et la mise en perspective de l’importance du quotidien dans le cadre de la recherche sur les migrants via une construction ethno-méthodologique de la signification donnée par les sujets de la recherche. Ensuite l’accent sera mis sur la méthode appliquée dans cette étude en montrant comment, par l’image, la personne construit une trajectoire personnelle. Nous mettrons en valeur certains éléments issus de l’analyse des images et la pertinence du smartphone comme outil de projection et de construction de la mémoire. Enfin, nous livrerons des propos conclusifs (à considérer plutôt comme une ouverture en termes de stratégie de compréhension et connaissance) pour montrer comment, dans une démarche compréhensive par l’image, nous donnons du sens à l’action de la personne migrante dans sa valorisation de la vie quotidienne et sa mémoire, ainsi que pour signifier la centralité de la visualisation comme mode de connaissance.

1. Cheminement théorique

Comment penser l’association images/migrants ? Quelle est la force de l’image par rapport à ce phénomène social dans sa manifestation de rendre visible l’invisible ? Et encore qu’est-ce que représente l’image photographique ? Est-elle une simple reproduction du réel ou « une manière de voir », comme dirait Susan Sontag (1977) ? À partir de ces interrogations, nous tentons de comprendre et voir de quelle manière la sociologie visuelle représente-t-elle un support pertinent d’un point de vue de la validité scientifique afin de penser et d’établir une réflexion sur la question actuelle des migrants et de leur vie quotidienne.

Ainsi, l’approche de la sociologie visuelle résulte d’une longue trajectoire socio-historique qui a vu l’image s’ériger en tant qu’outil méthodologique et via sa fonction théorique comme élément indispensable pour dire et voir la réalité sociale. Cela amène à une reconnaissance de la sociologie visuelle en tant que discipline avec ses méthodes d’usage « avec » et « par » l’image (Collier, 1967 ; Prosser, 1998 ; Faccioli-Losacco 2003 ; La Rocca, 2007 ; Harper, 2012 ; Hamus-Vallée, 2013 ; Vander Gutch, 2017) où l’on reconnait, finalement, l’image considérée comme outil d’enquête en tant que moyen de compréhension (Meyer et Papinot, 2016). La considération des étapes de la sociologie visuelle est très ample à développer et ne peut pas trouver sa place ici, pour cela nous renvoyons à des travaux illustrés en bibliographie (non-exhaustive évidemment).

Nous relevons tout de même cette importance de la compréhension qui représente une des clés de lecture d’un travail visuel par la photographie. N’oublions pas qu’elle est un mode spécifique de connaissance (Maresca, 1996) qui indique une construction sociale donnant sens à l’action des individus et, subjectivement, révèle des détails et des informations que le sujet veut communiquer par rapport à son quotidien. C’est dans cette stratégie que l’on peut comprendre la relation entre image et migrant, entendue comme une sorte de construction d’un tableau de pensée où les images contribuent à la réflexion et à la compréhension de l’objet (Meo, 2016). La place de l’image est ainsi à considérer non comme une simple illustration, mais au contraire comme un outil de recherche gratifiant aussi la valeur sociologique de l’œil et du regard dans le processus de connaissance. D’un point de vue méthodologique, épistémologique et « culturologique », au sens que lui donne Douglas Harper (2012), c’est-à-dire un moyen pour analyser les photographies du monde social, afin d’y trouver des éléments indicatifs de la culture et des relations sociales, l’image reflète une sensibilité de compréhension des dimensions sociales du monde. Nous considérons alors la démarche de la sociologie visuelle comme une possibilité de connaissance centrée sur un regard en profondeur, alimenté par la polysémie de l’image photographique visant à présenter les choses.

Il est évident que dans ce discours, il faut considérer l’image comme un produit du social (La Rocca, 2007) en tant qu’activité humaine. D’ailleurs, la photographie doit être envisagée comme un document important pour l’analyse sociale ; ou bien l’image doit être reconsidérée comme une source de connaissance (document) et de savoir (méthode) nous permettant, par ce fait, d’interpréter l’information sociologique contenue dans le document visuel et de construire une argumentation fondée sur l’image. Cette argumentation est le propre d’une manière de voir le monde à travers les yeux d’autrui et à travers la construction visuelle de la vie quotidienne où les sujets mettent en acte des narrations visuelles sur leur vécu, leur existence. Cela révèle également une présence au monde : présence qui passe et se renforce par l’image comme source identitaire, ou encore comme idéalisation du monde (pourrait-on dire aussi idéal type au sens wébérien), où vivent et agissent les personnes, et indice de la manière dont elles structurent ce même monde.

Dans cette perspective, il nous semble que la relation image/migrant trouve toute sa puissance dans le sens où l’image permet de donner à voir, de visualiser l’existence. Un des fondements de l’image, de notre point de vue, est de fonctionner comme un miroir permanent de notre regard, ce qui est fortement opératoire dans l’étude des trajectoires migratoires. En effet, en tant que miroir, l’image offre simultanément des possibilités argumentatives, c’est-à-dire d’organiser un discours fondé sur l’image même. C’est aussi en cela que consiste la construction de la vision du migrant : voir par ses yeux ce qu’il désire montrer de son quotidien, de son parcours existentiel pour donner vie à son récit visuel. C’est également dans cette stratégie que s’inscrivent notre recherche et notre démarche méthodologique : utiliser l’image pour « faire parler » les migrants. D’une certaine manière, l’application méthodologique sur le terrain est celle de la native image making, terme introduit par Jon Wagner (1979), comme technique d’origine anthropologique, permettant de comprendre les cultures dans leur activité quotidienne, donc une possibilité pour les individus de raconter visuellement des aspects de leur vie. Une modalité réflexive qui met en perspective la consonance entre texte et image (Chauvin et Reix, 2015) nous permettant, par ce fait, de donner une force explicative au contexte d’observation et de recherche. Le but dans la prise des photographies par les migrants dans les récits visuels est de permettre ainsi une appréhension des significations subjectives des représentations individuelles et de fonder par l’entretien les valeurs significatives de l’action en montrant les habitudes, les parcours et les symboles constituant l’expérience vécue.

2. Image et/au quotidien

Ce qui est en jeu alors est le quotidien documenté et raconté comme flux de la vie expérientielle où l’image accompagne et, en même temps, structure ce même flux à travers des traces expressives. Celles-ci sont liées au réel de l’expérience : cela représente le propre d’une pensée de l’image, si l’on se réfère ici par exemple à la contribution scientifique d’Albert Piette (1992 ; 2007). Ces traces sont les modalités d’une confrontation de regards permettant la mise en vision de l’autre et de sa vie quotidienne. D’ailleurs, n’oublions pas la centralité du quotidien dans multiples recherches fondées sur la sociologie visuelle, à la fois filmique et photographique, où, à juste titre, l’image se révèle comme un instrument nécessaire de visibilisation des traits du quotidien d’une telle population, culture, quartier, etc.

Ce qui est important dans cette stratégie n’est pas seulement la caractéristique intrinsèque de l’image comme forme documentaire – pourtant un élément à retenir comme essentiel, nous l’avons signalé – mais surtout le fait que le langage de l’image doit être capable de provoquer une réflexion. C’est-à-dire que l’image qui documente le quotidien sert de base à une réflexion sur le trajet de vie expérientielle de la population en question dans l’étude et permet donc de poser le regard sur certaines conditions et pratiques. Le regard qui, comme nous l’indique François Laplantine (2009), constitue l’un des fondements de la connaissance de l’autre. Donc, une sorte d’« altérologie » visuelle se génère dans ce rapport à l’image. Par ce fait, nous pouvons convenir que nous voyons avec nos yeux et ceux des autres par l’intermédiaire de la trace photographique nous permettant de construire, dans une stratégie de recherche, une dimension collaborative ou, serait-il plus correct de dire, une approche collaborative où les acteurs de la recherche ont une implication active dans la mise en perspective de la connaissance du monde. Et ce monde est celui du quotidien vécu par ces mêmes acteurs, à savoir les migrants dans notre démarche, où l’image dans ce type de procédé participatif et collaboratif permet d’élargir la vision des choses et démultiplier les points de vue. Dans ce sens, la photographie utilisée dans la recherche sera considérée comme la trace d’une activité sociale et nous renseignera sur cette activité même et sur la construction du sens. L’idée est, à juste titre, de donner du sens à l’action par la photographie où le sujet de l’étude – le migrant – montre son parcours et ce qui est à ces yeux pertinent pour mettre en récit visuellement son vécu dans son acte ordinaire. Cela représente aussi un travail mémoriel créé par et avec l’image. Nous connaissons bien l’impact sur la mémoire et comment celle-ci structure et forme ce trajet, et permet en même temps de faire perdurer, reconstruire et faire revivre la mémoire. La question mémoire/image influence le processus de conception de l’expérience de vie, donc une relation indissociable (Agamben, 2014) que d’une certaine manière l’on retrouve également dans la vision cinématographique de Guy Debord à travers la construction d’un montage d’images-mouvements, chargées d’histoire. De ce point de vue, l’image a le rôle et la fonction d’être associée à la mémoire, elle est ainsi un « cristal de mémoire » pour Giorgio Agamben (2014). C’est cette même cristallisation que l’on peut retrouver aujourd’hui dans le partage de l’image qui se réalise par l’intermédiaire des technologies et en particulier du téléphone portable. Ce dernier élément a un rôle prédominant dans une réflexion sur les migrants puisqu’il représente un outil de capture de l’expérience lors des traversées et sert de cadre mémoriel qui retranscrit visuellement leur histoire de vie dans l’acte de la migration. Si la mémoire ne peut pas être dissociée de son environnement, comme l’indiquait aussi Maurice Halbwachs (1925), l’on voit bien alors en quoi la fonction du téléphone portable pour les personnes en situation de migration est une manière de pérenniser, à travers la production d’images matérielles, cette relation dans le parcours de l’expérience. Cette narration visuelle fonctionne aussi en tant que « mémoire collective », si l’on reste dans les perspectives sociologiques d’Halbwachs (1950), et par ce retour d’images nous participons à l’acquisition de leur point de vue, nous rentrons dans leur dimension vitale et donc nous avons un aperçu de leur mémoire, ou bien de comment les images captées par leur téléphone portable peuvent contribuer à édifier leur propre mémoire. Par ce fait, les images-mémoire des migrants captées par leur téléphone portable fonctionnent, de notre perspective, comme pérennité du groupe et sont autant un exemple, en restant dans l’optique théorique de Halbwachs, d’une construction de « communauté affective » qui nous fait vivre les choses.

Les photographies en tant que témoignages du réel, des preuves, des images-empreintes typiques du fameux « ça-été » de Roland Barthes (1980) constituent l’essence classique d’une pensée de l’image et de son application à la compréhension des phénomènes sociaux. S’il existe toujours un rapport indiciel entre l’image et le monde, l’image et le réel, on doit aussi constater le fait qu’outre l’avoir-été-là, elles témoignent aussi de qu’est-ce qu’ici et maintenant et montrent ce qu’il est, la référence à un monde et donc d’un être-là. Une dimension que nous proposons d’appeler comme dasein photographique dans le sens où l’image permet d’être visible, de visualiser l’existence : donc un « être-là » qu’il représente à notre sens une des essences de l’image et de son rapport indiciel au réel et ici fonctionne comme une trace visible sur la représentation de l’être migrant.

Cela constitue un ordre du visible qui met en perspective la formation d’un imaginaire collectif qui est partagé par la société entière et un imaginaire social qui est spécifique d’un groupe d’appartenance ou d’une condition sociale. Un imaginaire qui bien sûr est corrélé par la représentation via l’image cristallisant une existence sociale où cet imaginaire, selon l’approche de Cornélius Castoriadis (1975), consiste aussi dans ce qui est perçu et nommé par la société. Il en résulte, alors, que l’image selon cette modalité est un « mode de signification » de l’imaginaire social en tant qu’elle structure ce même imaginaire de la vie sociale en montrant, par exemple dans le cas des migrants, des effets du quotidien et en connotant les espaces de parcours tout en générant une réalité socio-historique. C’est en cela que consiste cet être-là par l’image : la construction d’un univers social par des images et figures qui possèdent une force imaginale, c’est-à-dire fonctionnent comme « vecteurs de socialité » (Rabot, 2007). Elles narrent une histoire et en même temps décrivent une condition en utilisant une des autres capacités indispensables de l’image qui est celle de la fonction émotive. Cette émotivité en image est bien présente dans les récits visuels et l’on peut même ajouter que ce type de narration émotive va établir une sorte d’ordre social, ou bien une action dans le monde nous permettant de véhiculer une vision de la réalité.

À travers ce point, se réalise un imaginaire effectif qui est celui qui dénote, montre et visualise une condition d’existence et de présence au monde. Cela passe aussi par le contexte, un élément important, il ne faut pas l’oublier, dans la compréhension des images comme nous l’enseigne l’un des principaux théoriciens de la sociologie visuelle, Howard S. Becker (1995), qui se focalise sur le lieu où les personnes objet/sujet de l’enquête vivent et demeurent et à partir duquel il est possible d’examiner et d’observer les pratiques et les réciprocités se manifestant dans le vécu quotidien. Cette idée, c’est-à-dire la contextualisation de l’existence par la photographie, nous montre également les lieux de l’expérience et nous permet d’une certaine manière de nous rendre attentif à la structuration de ce que, en liaison avec l’analyse urbaine de Hulf Hannerz (1983), l’on désigne comme « accessibilité au quotidien » signifiant aussi une stratégie d’intégration sociale qui passe par diverses actions.

3. Méthode adoptée

Nous inscrivant dans les perspectives épistémologiques énoncées ci-dessus, nous avons développé des outils d’analyse trajectorielle des personnes en situation de migration. Nous avons choisi d’avoir une approche inductive et compréhensive de la trajectoire, laissant une grande part à l’expression libre des personnes rencontrées. Par ailleurs, dans la lignée de la sociologie compréhensive, il nous semble que le monde social est interprétable par l’appréhension du sens visé par les différents acteurs sociaux ainsi que les intentions qui vont guider leurs actions, comme le mettait en avant Max Weber (1921). Dans cette visée, comprendre la trajectoire d’une personne sera aussi comprendre la subjectivité de son univers de représentations, à l’instar des perspectives développées par l’ethnométhodologie (Coulon, 1987). Une approche visant à comprendre le vécu de la personne interrogée, en sollicitant les outils des méthodes visuelles et en particulier la photographie. Au vu du caractère approfondi du travail effectué avec chaque personne, le panel de l’étude est nécessairement réduit.

Le public visé est celui des personnes en situation de migration, avec la particularité d’être seules avec des enfants. L’étude, comme indiqué plus haut, est en cours de réalisation et donc notre contribution repose sur le choix de ne présenter que les résultats de l’étude de la trajectoire d’une personne, qui nous a permis de mettre en place ces outils d’analyse et de compréhension.

Pour chaque personne interrogée, cette analyse trajectorielle intégrant les méthodes de la sociologie visuelle se fait en deux étapes. La première est celle du récit de vie, suivant les modalités décrites par Patrick Bruneteaux (2018). Au cours d’un long entretien, la personne nous explique son parcours. Nous lui demandons d’exposer les raisons de la démarche migratoire, son vécu de la situation, sa vie familiale, les difficultés et ruptures, la question des discriminations, mais aussi la vie de tous les jours. Dans des situations souvent difficiles, quelle est la texture de la vie quotidienne ?

Dans un deuxième temps, le récit est approfondi par un travail mémoriel autour de supports visuels. L’idée est de considérer le smartphone comme support mémoriel, tout comme les photographies de familles étaient une manière d’écrire l’histoire et de mettre en scène une micro-histoire à l’échelle d’une lignée. Souvenons-nous d’ailleurs qu’en son temps, Pierre Bourdieu (1965) décrivait la fonction sociale de la photographie qui consistait à rendre solennels les moments familiers et par conséquent renforcer le sentiment d’unité au groupe. Nous pouvons alors appliquer cet énoncé à la situation des migrants qui, par les images qu’ils incorporent dans leur mobilité grâce au smartphone, réconfortent leur unité et renforcent leur vécu par la capture de l’ordinaire de leur réalité sociale. Il s’agit d’une modalité visuelle de communication intersubjective s’inscrivant, en conséquence, dans un registre plutôt émotionnel et symbolique pour présenter et pérenniser leur mémoire via la valeur d’usage de l’image photographique comme source d’un être-là. Nous partons de l’hypothèse que le smartphone est devenu le réceptacle d’une mémoire individuelle de par son rôle de lieu de stockage et de visionnage des photographies. Chez les personnes engagées dans une trajectoire migratoire, ce rôle est d’autant primordial. Nous nous sommes rendu compte de l’importance de smartphone en tant qu’outil de rattachement à ses proches lors de nos entretiens dans une autre expérience de terrain réalisée avec des migrants à Calais. Dans ce cas spécifique par exemple, lorsqu’ils font le récit de leur agression par les militants d’extrême droite, ce n’est pas tant les coups et l’aspersion de gaz lacrymogène qui est traumatisante que la perte du smartphone comme support de mémoire (Gardenier, 2018). De ce fait, le smartphone comme outil de mémoire représente bien, de notre point de vue, l’un des traits qui caractérise la situation actuelle des migrants dans la mesure où il enregistre et documente leurs moments vécus.

Image 1 – H., migrant, nous montre sur son téléphone les blessures occasionnées par un berger allemand que les forces de l’ordre lui ont lâché dessus à Calais.

Image 1 – H., migrant, nous montre sur son téléphone les blessures occasionnées par un berger allemand que les forces de l’ordre lui ont lâché dessus à Calais.
© Benoit Mars

Dans cette étude, la démarche adoptée est de demander à la personne interviewée de montrer des images qui sont particulièrement significatives à ses yeux parmi les photographies qu’elle conserve dans son smartphone. Une fois l’image sélectionnée, nous lui demandons de parler librement autour des photographies, et nous faisons parfois des relances, mais toujours dans une perspective d’approfondissement inductif. Quand la personne semble avoir épuisé le sujet, nous lui demandons de passer à la photographie suivante et répétons l’opération.

Les photographies sont analysées en lien avec leur commentaire par la personne interviewée, afin de dégager non pas les significations évoquées au chercheur, mais celles qu’elles revêtent pour la personne avec qui nous menons l’entretien. Enfin, les photographies sont aussi interprétées dans leur globalité par rapport à ce qu’elles représentent dans la quotidienneté d’une personne. Quelles sont les thématiques évoquées ? Quelles sont les absences ?

Cette méthode est expérimentale dans le sens où nous avons commencé à l’élaborer autour de la trajectoire d’une personne, E., qui a bien voulu participer à ce travail sociologique. Les résultats présentés ont pour vocation d’être élargis de manière comparative à une quinzaine de personnes en France, ainsi qu’une quinzaine au Brésil, afin de pouvoir comparer les différentes trajectoires.

Ce recueil de récits de vie se positionne dans une perspective ethnographique, considérant que la description et la retranscription des ressentis et des orientations de l’action des personnes, recueillies au travers de ces entretiens, au-delà de la compréhension des motifs de l’action, ouvrent une possibilité interprétative de par la force descriptive de ces éléments. Nous nous appuierons notamment sur les travaux de Bruneteaux qui a recueilli de manière ethnographique la parole de personnes au sein de foyers d’urgence : face à des situations et des vécus difficiles, il faut pouvoir se positionner de manière à recueillir la parole des personnes, mais aussi prendre en compte les difficultés rencontrées au cours de leurs trajectoires (Bruneteaux 2018). Dans cette perspective, la photographie en tant qu’outil mémoriel acquiert une dimension supplémentaire, donnant de la profondeur au récit de vie. Il est ainsi possible de se référer aux travaux de Sylvaine Conord (2007) qui utilise la photographie dans une perspective de description ethnographique, permettant de documenter une subjectivité bien particulière.

4. Récit de vie : études, monoparentalité et isolement

E. est arrivée en France en 2012 pour y mener des études. Elle est originaire de Dakar au Sénégal où elle commence son parcours par un BTS. Comme son école de Polytechnique est partenaire de l’école d’ingénieurs Sup’Agro à Montpellier, elle y postule afin de poursuivre ses études et devenir ingénieur. Elle est issue d’une famille plutôt aisée, mais ne souhaite pas en dire plus, car on sent que le sujet est douloureux. Elle parle très peu de sa vie au Sénégal. Après son diplôme d’ingénieure agronome, obtenu sans difficulté à Montpellier, elle complète son parcours par un Master 2 spécialisé dans le domaine de la nutrition. À la fin de ses études, survient un évènement qui introduit une très forte rupture : elle devient mère d’une petite fille qu’elle élève seule. Pour pouvoir rester sur le territoire français, elle s’inscrit à un DU « Management des affaires ».

Rappelons que du fait des contraintes qu’elle induit, la monoparentalité complexifie l’accès aux droits et à l’emploi. De plus, le fait de n’avoir qu’un seul revenu pour entretenir un ou plusieurs enfants crée de nombreuses difficultés socio-économiques. Ainsi, l’accès au logement est entravé, ce qui explique que les familles monoparentales soient surreprésentées dans les logements en situation de surpeuplement2. De manière plus globale, les familles monoparentales sont très présentes dans les ménages vivant sous le seuil de pauvreté (à 60 % du revenu médian). Ainsi, selon l’INSEE3, 34,9 % des foyers monoparentaux vivent sous le seuil de pauvreté, contre 11,8 % des personnes vivant en couple en France en 2016 (INSEE, 2016). Cette situation est aggravée par diverses dynamiques discriminatoires : la situation familiale de parent isolé sera une difficulté pour l’accès à l’emploi et aux droits. De plus, la plupart des chefs de foyers monoparentaux étant des femmes, à la situation familiale, s’ajoutent les discriminations liées au genre. Enfin, d’autres facteurs de discriminations peuvent s’additionner : origine, nationalité ou encore quartier d’habitation, enfermant parfois de manière durable les personnes dans la pauvreté, la disqualification et l’isolement.

E. vit avec sa petite fille à Montpellier et elle est désormais à la recherche d’un travail. Bien que titulaire d’un diplôme qui, a priori, ouvre aisément les portes de l’emploi, elle n’y parvient pas. De plus, sa nationalité semble rendre les choses beaucoup plus difficiles. À sa situation, s’ajoute une précarité « territoriale » dans le sens où elle n’est pas sûre de pouvoir rester sur le territoire français, son titre de séjour restant lié au statut étudiant. À la fin de ses études, si elle ne décroche pas d’emploi, elle deviendra donc passible d’une obligation à quitter le territoire français (OQTF). À ces difficultés économiques et administratives, s’ajoute la question de l’isolement : elle est en situation de rupture familiale, et ne dispose donc pas du soutien moral et financier de ses proches restés au pays… Cette situation difficile qui touche une jeune femme très diplômée est révélatrice du quotidien que vivent les personnes en situation de migration sur le territoire français. À notre sens, la description de son quotidien et des démarches qu’elle effectue ouvre une clé de compréhension de ce difficile vécu.

La question de l’emploi

E. explique être à la recherche d’un emploi : « Là, je cherche du travail, ce n’est pas très facile ». Elle recherche dans un domaine bien déterminé, celui de l’agroalimentaire, et plus particulièrement de la nutrition, autour des questions de qualité et de sécurité sanitaire. En attendant que ses recherches aboutissent et afin de conserver les possibilités de séjour liées au statut étudiant, elle s’est réinscrite à l’université. Elle attribue ces difficultés à ses origines : « [...] d’une part à cause ou parce qu’il y a mon origine, pour embaucher un étranger il y a des lois, il faut payer je sais pas, des taxes ».

Elle nous confie son incertitude à ce sujet, car les entreprises qui ne sont pas dans des secteurs en tension doivent justifier le fait qu’elles n’aient pas eu de candidat français au profil similaire plutôt qu’une étrangère d’origine extra-communautaire. De plus, les taxes et les contraintes administratives décourageraient les employeurs. Elle nous dit que « 55 % du premier salaire doit être payé en taxes par l’entreprise. Pour un étranger payé 2 000 € l’entreprise doit payer 1 100 € au dépôt du dossier et donne ses relevés et ses comptes, certains patrons le font, mais d’autres non, vu la paperasse ».

Elle dit vivre une discrimination qui, selon elle, est liée à sa couleur de peau mais surtout à sa nationalité extra-européenne. Elle dit commencer à ressentir cette discrimination : « On fait l’entretien et à la fin : “Vous êtes française ? Ah okay”. Ils ne le disent pas devant toi, mais on sait bien que cette question c’est bloquant, j’ai eu quelques entretiens… ». Elle fait remarquer que la plupart de ses camarades de promotion sont déjà en emploi à l’exception de ceux partis faire une année sabbatique à l’étranger. Tous ceux qui sont restés en France ont trouvé du travail, « même les derniers de la classe ont trouvé du boulot… Après on ne demande pas les notes pendant les entretiens, mais enfin ils se sont casés professionnellement ».

Ces difficultés significatives à trouver un emploi alors qu’elle est titulaire d’un diplôme universitaire valorisé sont à mettre en perspective avec les travaux sur ces questions indiquant que les jeunes diplômés issus de l’immigration sont particulièrement victimes de discriminations (Dhume, 2007 ; Edo et Jacquemet, 2013). Cette situation a par ailleurs été pointée du doigt dans un rapport du Défenseur des droits de 2018.

Problématiques de modes de garde et isolement

Sa situation professionnelle, au-delà des difficultés liées à son origine, est rendue plus compliquée par le fait qu’elle vive seule avec un enfant. Parce qu’elle est étudiante, elle a pu obtenir une place en crèche, mais seulement depuis septembre 2018, après avoir attendu presque 9 mois. Cette place lui permet la reprise d’études. Néanmoins, elle constate rapidement des limites : les horaires de la crèche restent contraignants, beaucoup d’employeurs lui demandent d’être disponible à certaines heures où la crèche est fermée : « Y’a des emplois ou c’est des horaires qui trouvent, il y a certaines heures ou je ne peux pas… Elle finit à 18 heures max, après 18 heures je ne peux pas travailler ».

Cette difficulté à trouver un emploi s’ajoute à d’autres éléments qui renforcent la précarité. Ainsi, elle est dans une situation d’incertitude quant au logement, car elle doit libérer son logement pendant l’été et ne sait absolument pas quelles sont ses perspectives ensuite. Elle a fait une demande de logement social, mais au vu des délais, elle est inquiète quant à sa possibilité d’en retrouver un : « Je n’ai pas de garant, la caution n’en parlons pas, donc pas de possibilité d’aller dans le privé, je suis au RSA là, il y a plusieurs accès aux choses minimum où on est vraiment très limité ». On voit ici que l’incertitude liée à la difficulté de trouver un emploi impacte en cascade l’ensemble des aspects de la vie sociale d’E.

Enfin, la conséquence de cette maternité se pose aussi en termes d’isolement, lié aux exigences de la garde de son enfant. En effet, elle n’a pas de réseau familial ou amical sur lequel s’appuyer. Tout d’abord, elle ne peut pas compter sur le père de l’enfant pour la soulager de certaines tâches. Elle décrit ses relations avec lui comme « un peu tendues », de plus « chacun est dans son coin, il ne vit pas en France, il ne m’aide pas, ma fille vit avec moi ». Cet isolement se retrouve au niveau du réseau d’aidants : sa famille est restée au Sénégal et elle n’a pas de famille éloignée en France, ne connaît personne dans la diaspora. Elle ne peut pas compter sur le soutien familial, car il sembleraît que sa maternité et son statut de mère isolée ne soient pas du tout acceptés : « Je ne suis jamais rentrée pour montrer l’enfant, compliqué, pour l’instant chacun est dans son coin. J’étais venue pour étudier donc j’étais censé qu’étudier, pas faire d’enfant, ils ne le voient pas sous cet angle, mais bon pour l’instant pas de problème, ils restent là-bas et moi j’éduque ma fille comme je veux ».

L’absence de soutien du père de l’enfant et de la famille d’E. n’est pas non plus compensée par un soutien amical ou une aide du voisinage. Elle ne peut pas sortir le soir car ses ressources sont très faibles et elle ne peut se permettre de payer une baby-sitter. Elle fait remarquer que les démarches liées à l’accès aux droits sont particulièrement chronophages. Elle maîtrise bien les usages de ces outils, mais déplore le nombre de pièces et de dossiers à fournir pour parvenir à accéder à ses droits. Avec la multiplication des dispositifs et des dossiers, cet accès occupe une part conséquente de son temps, et elle déclare privilégier bien évidemment ces tâches nécessaires à sa survie, à la recherche d’une vie sociale. Néanmoins, cette situation lui pèse. De plus, son isolement ne s’arrête pas à ces aspects liés à la garde d’enfant, c’est aussi la dimension culturelle qui lui pèse. Cet état de fait la confine dans un isolement quasi total : elle nous confie que le seul moment où elle a des interactions amicales, qui ne sont pas liées à ses études, à l’accès aux droits, ou dépassant le « bonjour au revoir » dans des magasins est à la messe le dimanche à la paroisse étudiante Sainte Bernadette. Elle y salue « des gens qu’on connaît depuis longtemps, mais c’est vite fait à la sortie de la messe, mais on ne va pas chez eux ni ils viennent chez nous. Ça s’arrête là ».

Ce récit de vie semble une illustration parfaite du processus de désaffiliation sociale tel que Castel l’a décrit. Ce concept de désaffiliation sociale paraît primordial pour comprendre les dynamiques des formes d’exclusion à l’œuvre (Castel 1999). La situation de précarité de la personne engagée dans ce processus est à envisager par un positionnement sur deux axes. Le premier va de l’intégration totale à l’exclusion totale de la sphère salariale. Pour schématiser, les extrêmes seraient d’un côté un CDI bien rémunéré et de l’autre une situation de chômage de longue durée. Le second axe distingué par Castel porte sur l’insertion ou non dans des réseaux de sociabilité familiale ou extra-familiale. Les personnes peuvent être dans une situation d’intégration sociale ou au contraire d’isolement. À ce double axe, Castel ajoute une dimension novatrice. Pour lui, le processus de précarisation économique des individus influe bien souvent sur le deuxième axe, suscitant un affaiblissement des liens sociaux des personnes et menant à terme à une désaffiliation de ces personnes.

Ces catégories sont particulièrement intéressantes lorsque l’on considère la monoparentalité non pas comme un état permanent, mais en perspectives de trajectoire, débutant lors de la séparation des parents. Ce moment (séparation d’un couple, décès du conjoint…) risque de placer la personne dans une zone de vulnérabilité. À notre sens, la trajectoire que nous présentons ici s’inscrit pleinement dans cette dynamique qui va demander à E. une forte agentivité afin de pouvoir enrayer le processus de disqualification.

5. Le téléphone en tant que support mémoriel

Le premier entretien devait être un récit de vie, mais au final, il a beaucoup tourné autour des trois problématiques que rencontre E. : la recherche d’un emploi, la question des modes de garde et l’isolement. Pour approfondir, nous avons convenu d’un second rendez-vous afin de discuter de l’utilisation des photographies en tant qu’outil visuel : en effet les éléments qu’elle avait avancés au cours du premier entretien nous informent sur la nature de ses problématiques économiques et sociales ainsi que sur les difficultés qu’une mère seule d’origine extra-européenne rencontre, mais au final, sa subjectivité, sa manière d’envisager les choses ne ressortent qu’assez peu de ce premier récit… L’utilisation des outils visuels permet alors cet approfondissement afin de mieux comprendre la texture de sa vie quotidienne au-delà des éléments ici présentés, somme toute relativement objectifs.

D’ailleurs dans la disposition de la recherche, l’outil téléphone portable s’avère un instrument pratique et répond bien à la profusion de la technique dans la vie quotidienne qui en même temps transforme la manière de faire une recherche. Cela est une conséquence aussi des transformations socio-techniques et des modalités perceptives où, à juste titre, « la centralité de l’expérience visuelle et la visualisation du monde sont contaminées par l’effet technologique qui apporte une transformation de l’appropriation des images par l’observateur social » (La Rocca, 2015). La sociologie visuelle est ainsi confrontée aux changements techniques et technologiques, et l’image dans ce sens devient un réflexe de reproduction de l’instant de la vie quotidienne en tant que possibilité de présence en continu via les outils nomades de capture comme le smartphone. La reproductibilité de l’image via le smartphone devient ainsi un acte ordinaire dans la vie quotidienne où cet ordinaire est l’emblème même de notre rapport à l’image et au monde. Les migrants se servent du smartphone afin de conserver une mémoire visuelle et donner une vision à leur vécu dans les gestes les plus communs. D’ailleurs, on comprend bien comment le smartphone est devenu l’un des symboles du processus de migration servant d’outil de communication, mais aussi de traduction dans les diverses langues des pays traversés et de contacts en réseau (Gillespie et al., 2016).

On pourrait ainsi penser, dans l’optique de l’image, que via le téléphone portable les migrants cherchent à produire une singularité des images puisque celles-ci, il faut le rappeler, sont toujours représentatives d’un événement singulier. Ainsi, l’analyse que nous pouvons faire de ces images choisies par les migrants est de considérer en quoi elles sont représentatives, symboliques, d’une volonté de montrer leur quotidien dans les effets les plus ordinaires avec également la signification d’être une image sociale. C’est alors faire parler la photographie à laquelle l’enquêté donne de l’importance grâce aussi au devenir technologique de l’image : c’est-à-dire prendre en compte l’avènement du numérique qui influence à la fois la manière de faire recherche, les domaines même de la recherche et ses phénomènes d’étude et aussi les instruments d’enquête. Le téléphone portable s’insère dans cette stratégie et nous semble être un instrument de documentation en construisant ainsi un discours sur la réalité. Il devient lui-même un langage permettant d’écrire et de décrire le quotidien vécu comme une sorte de témoignage oculaire qui donne de la profondeur au social, dans le sens de le montrer dans sa réalité « crue ». Cette méthode nous semblait donc propice dans une enquête de terrain avec une population de migrants dans la mesure où la photographie immortalisée dans leur smartphone est justement une forme d’écriture de leur réalité, un document important dans leur processus de vie sociale.

Dans la situation de terrain alors, nous rencontrons E. pour discuter des photographies qui revêtent une importance pour elle. Elle commente alors les images qu’elle a choisi de nous montrer. La méthode est compréhensive dans le sens où elle est encouragée à parler librement sans questions préétablies.

La première photographie qu’elle nous présente est celle de sa fille qui joue, qu’elle dit « aimer voir gaie et souriante ». C’était un samedi, place de l’Europe. Elles ont pu profiter de divers stands pour les enfants. Elle dit « tant que ma fille va bien, je suis épanouie », mettant directement en adéquation son bien-être avec celui de sa fille. Elle ajoute que la présence ou non du soleil est un facteur extrêmement important : elle ne veut rien faire ni sortir quand il n’y a pas de soleil, absence qui la pousse à « ne rien vouloir faire : c’est la paresse ».

Image 2 – La fille de E.

Image 2 – La fille de E.
© E.

La photographie suivante a été prise lors de son stage avec l’IRD et l’UNICEF au Burkina Faso, au cours d’un focus group avec « les mamans et les enfants » d’un village isolé afin de comprendre pourquoi, malgré la prise en charge de la malnutrition aigüe et sévère par l’UNICEF, celle-ci persiste. Elle dit avoir beaucoup aimé cette expérience professionnelle. Elle a pu mettre en œuvre de manière concrète les savoirs acquis lors de son parcours de formation. À partir des paroles des mères, elle se rend compte que lors de la période hivernale, les travaux champêtres sont trop prenants pour les mères qui vont délaisser les enfants, alors que c’est la période de soudure et que les enfants n’ont pas nécessairement des apports nutritifs suffisants. De plus, les centres de santé sont trop chers et les familles n’ont pas les moyens ou le temps d’y amener les enfants. De plus, il y a des problèmes de sous-effectif dans ces centres, car les personnels de santé ne veulent pas habiter dans certains territoires. Elle a fait ce stage au cours de son master en nutrition. Elle nous dit aimer comprendre les problématiques de nutrition afin d’aider les enfants.

Image 3 – Des mères et leurs enfants au cours d’un focus group sur la malnutrition au Burkina Faso

Image 3 – Des mères et leurs enfants au cours d’un focus group sur la malnutrition au Burkina Faso
© E.

Elle nous montre ensuite une jeune fille qu’elle présente comme la fille d’un couple d’amis qui habite en Bretagne et qui est en vacances au Sénégal pour découvrir le pays. La mère lui a envoyé la photographie, ce qui l’a rendu nostalgique. Elle les a rencontrés à Montpellier, mais ce couple d’amis a déménagé. Elle les a visités avec sa petite fille à Noël. Ils semblent, dans une certaine mesure, jouer un rôle familial, lui conférant un ancrage, permettant par exemple de passer les fêtes de Noël ensemble. Elle nous montre ensuite une photographie qu’elle a vue sur Facebook qui représente une fillette de trois ou quatre ans ressemblant à sa fille, en train de découper des billets de banque. Elle nous dit « pour elle, c’est un jeu », mais « c’est du gâchis, je ne sais pas comment vont réagir ses parents », elle rit plusieurs fois. Lorsqu’on lui demande comment elle réagirait, elle déclare qu’elle serait fâchée. Comme celle-ci n’est pas une photographie originale, nous avons fait le choix de ne pas la reproduire.

Image 4 – La fille d’une famille d’amis au Sénégal.

Image 4 – La fille d’une famille d’amis au Sénégal.
© E.

Ici, il nous semble que deux éléments saillants ressortent de ces images. Le premier est le fort lien entretenu avec l’enfant qui, dans un contexte de désocialisation, est peu à peu devenu son monde. Ce lien fusionnel avec l’enfant semble courant pour les mères qui vivent dans un contexte d’isolement et de disqualification sociale. La fréquence de cette situation a été mise en avant au cours d’entretiens effectués avec des travailleuses sociales autour des problématiques que rencontrent les femmes migrantes seules. C., conseillère en insertion professionnelle au CIDF de Montpellier, nous explique que ces femmes centrent souvent l’ensemble de leur existence sur leur activité parentale. La conséquence de cet isolement est une disqualification sociale, avec une énorme perte de confiance, mais aussi une quasi-absence d’interaction avec des personnes adultes. Elle nous dit que cela peut aller jusqu’à une perte de capacité à avoir des relations avec des personnes adultes. De plus, n’ayant plus d’autre identité à valoriser que celle de mère, elles se referment ainsi sur cette fonction afin d’acquérir une identité permettant une valorisation de soi. À l’exception de la photographie qui représente une amie, l’ensemble des images présentées sont en lien avec les enfants et la maternité. La première représente son enfant, mais cela ne s’arrête pas là : la deuxième représente des mères et leurs enfants au Burkina Faso et sert de support à la description de ses rêves et projets. Là encore, le couple mère-enfant reste primordial : ses compétences de travailleuse hautement qualifiée dans la projection idéelle de son activité seraient mises au service d’autres mères afin d’améliorer leur quotidien de mère. Enfin, la photographie qui représente la détente et l’humour met aussi en scène une enfant qui fait une blague à sa mère.

Le deuxième élément qui ressort de cette synthèse est celui de l’absence et de l’éloignement, thématique qui s’inscrit selon nous dans ce qu’Abdelmalek Sayad (1999) appelait la « double absence ». En effet, si sa fille et le lien parent-enfant sont bien présents, l’univers mémoriel d’E. est caractérisé par l’absence quasi totale d’autres références. Cette absence est tout d’abord marquée par un élément frappant : le nombre très réduit de photographies qu’E. estime significatives. Ainsi alors qu’elle est arrivée relativement récemment en France, il n’y a pas de rappel de la vie d’avant au Sénégal, aucune image de ses amis sénégalais ou de sa famille. Ce choix est à notre sens significatif d’une rupture avec son monde d’avant, probablement causée par le refus de sa famille d’accepter sa maternité et son choix d’élever seule son enfant. Elle nous dit que les photographies qu’elle a sélectionnées sont les seules qu’elle est heureuse de nous montrer et qui évoquent des choses positives, et qu’il y en a d’autres qu’elle ne souhaite pas commenter car ne lui amenant pas d’émotions positives.

Les photographies qu’elle montre sont aussi symboliques de l’absence et de l’éloignement. La photographie prise au cours d’un stage montrant des mères au Burkina Faso est significative. Elle est éloignée géographiquement dans le sens où elle est située dans un pays qui n’est ni son pays d’origine ni son pays de résidence. Elle est éloignée dans le temps dans le sens où elle fait référence au passé. C’est un moment marquant dans son parcours, mais situé avant la rupture qu’est la maternité. La photographie représente aussi une perspective à atteindre ou à retrouver dans le futur : trouver un emploi qui correspond à ses qualifications et simultanément aider des mères à mieux élever leurs enfants. Pourtant, il ressort clairement que les perspectives projetées dans cette photographie sont très éloignées, voire inatteignables. Elles impliquent de trouver un emploi, alors que de par son statut d’étrangère extra-européenne et des contraintes de la monoparentalité, E. désespère de pouvoir trouver un emploi. C’est donc la situation présente qui rend cette image extrêmement éloignée, au-delà des contraintes temporelles et géographiques. De même, la photographie de la fille de son couple d’amis qui vivent en Bretagne est symbolique de l’absence et de l’éloignement : elle ne voit jamais cette famille d’amis qui habite loin et n’est que rarement en contact avec elle. Enfin, l’image de l’humour va aussi marquer cette absence, après avoir montré trois photographies, la quatrième représente un « meme » Facebook et non des personnes de son entourage : cette image perçue comme significative ne représente pas un évènement mémoriel ou des personnes qu’elle connaît, mais figure un élément de détente vu sur les réseaux sociaux, Facebook en l’occurrence, remplaçant une absence de socialité réelle par un simulacre électronique.

De manière plus globale, le choix de ces photographies montre tout d’abord la centralité de la maternité et de la possibilité du maintien d’une identité valorisante pour la personne par le biais de la valorisation et de l’identification au lien maternel avec l’enfant. Cette centralité fait aussi ressortir une double absence, c’est-à-dire une forte restriction du lien avec le pays d’origine et la potentielle revendication et insertion dans des réseaux de sociabilité liés aux origines, mais aussi d’un autre coté l’absence d’intégration dans le pays d’accueil, coinçant en quelque sorte E. dans une situation intermédiaire où le lien avec la culture d’origine est, dans une large mesure, distendu, voire rompu. De l’autre côté, la situation de monoparentalité crée une impossibilité d’insertion satisfaisante dans la société d’accueil, poussant à leur comble les difficultés d’acculturation (Abou, 2006), ce que montre bien la photographie représentant la situation rêvée de E., éloignée chronologiquement et géographiquement, et dans une quasi-impossibilité au vu des difficultés d’insertion sur le marché de l’emploi, liées au mode de garde et aux difficultés que rencontrent les étrangers extra-européens à trouver un emploi.

Conclusion

Comment rendre vivant le réel d’une situation à partir de l’image ? L’objectif de notre réflexion s’inscrit dans une démarche compréhensive et via une construction ethnométhodologie de la signification du quotidien dans la stratégie du voir par l’image. Voir c’est aussi laisser voir : une intention sur ce que les sujets enquêtés jugent pertinent à leurs yeux afin de construire un discours sur la trajectoire de leur expérience. Dans ce sens, le voir est un moyen pour la connaissance de la vie sociale et les images (objet de l’acte de voir) véhiculent ainsi une certaine symbolique en nous donnant en même temps un aperçu de la vie des migrants et nous permettent d’apprendre quelque chose des sujets. Si nous insistons sur l’effet du quotidien dans cette recherche, c’est aussi parce que l’image représente une voie d’accès à ce quotidien. S’intéresser au quotidien et aux représentations des migrants à travers les récits de vie et les photographies captées par ce dispositif socio-technique qu’est le smartphone, photographies qu’ils choisissent sur une volonté subjective de montrer et commenter, c’est donner sens au vécu à travers l’assemblage de la communication verbale et visuelle (ou non verbale) nous permettant de donner vie à une compréhension du phénomène plus élargie. Nous pouvons voir de quelle manière aujourd’hui, dans le contexte migratoire contemporain, la trajectorialité est de plus en plus accompagnée par l’outil technique nomade qu’est le smartphone et la captation d’images comme modalité existentielle et expérientielle. Mais en même temps, le geste – prendre des photographies avec le smartphone – représente aussi un rituel du quotidien des personnes en situation de migration, une modalité simplement existentielle qui, dans leur condition, devient néanmoins une stratégie d’accès à leur être. Il est d’ailleurs significatif de constater que certaines images qu’ils ont décidé de nous montrer sont représentatives d’une expressivité de sourire et de joie, ce qui montre la volonté de donner à voir la simplicité de la vie, la spontanéité d’un regard et de la joie infantile par exemple. Nous sommes dans ce cas : en face de l’autre et avec l’autre, comme dirait Emmanuel Levinas (1947). C’est aussi voir le monde à travers les yeux d’autrui, ce que permet l’image dans son essence de valeur significative d’un produit social et d’une activité humaine.

Montrer les photographies prises et sélectionnées par les migrants, c’est choisir subjectivement ce qu’ils veulent faire voir et communiquer sur des aspects de leur quotidien, donc montrer une photographie pour montrer un réel représenté et vécu. Ainsi, le choix des photographies prend tout son sens quand il est recroisé avec les éléments qui nous sont confiés lors du récit de vie. Ce n’est qu’en interprétant celles-ci à l’aune de ces données mais aussi des commentaires, que nous pouvons réellement comprendre le vécu tout autant que l’ampleur des souffrances qui nous sont confiées. Le passage par la photographie permet alors de subjectiver les données recueillies précédemment lors du récit de vie, confirmant et approfondissant les éléments effleurés lors de celui-ci : le choix des images et leur commentaire prennent alors tout son sens.

C’est aussi dans ce sens que l’image revêt son essence de faculté argumentative, de remise en question en intensifiant le regard sur des conditions sociales, sur des fragments significatifs qui témoignent du réel. Dans notre réflexion, comme élément de l’expérience du terrain, il est aussi significatif d’illustrer le fait que dans la perception du quotidien des migrants et leurs récits, l’orientation émotionnelle ressort comme principe de la perception du quotidien. Émotion qui est aussi le propre d’une des caractéristiques inhérentes à l’image et forme une réciprocité nous permettant d’avoir accès aux environnements sociaux où vivent et dont font expérience les sujets. Centrale alors est la prise de conscience que regarder et montrer reviennent à questionner le monde.

Notes

1 Le projet CAPES-COFECUB intitulé « Projet Vie Parallèles Migrants : perspectives Brésil-France » est coordonné par l’Université de Brasilia, avec la participation de l’UERJ (Université d’État de Rio de Janeiro), l’Université Paris-Nanterre, l’Université Paul-Valéry Montpellier 3 (laboratoire LERSEM-IRSA). Ce projet de recherche est en cours et propose un terrain distinct pour chaque équipe au Brésil (Brasilia et Rio de Janeiro) et en France (Paris et Montpellier).

2 Selon une enquête COMPAS (2015) pour le CCAS de la ville de Montpellier.

3 INSEE, « Tableaux de l’économie française – ménages familles », [en ligne] http://www.insee.fr/fr/statistiques/2569326?sommaire=2587886.

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Pour citer cet article

Fabio La Rocca, Matthijs Gardenier, « Téléphones portables et parcours migratoires. Mise en images de trajectoires de vie », Revue française des méthodes visuelles [En ligne], 4 | 2020, mis en ligne le 15 juin 2020, consulté le . URL : https://rfmv.fr