Revue Française des Méthodes Visuelles
Géographies audiovisuelles

N°3, 07-2019
ISBN : 978-2-85892-471-4
https://rfmv.fr/numeros/3/

« Voir » la mer à Puri

Essai de traduction vidéo-photographique

Francis Mobio, photographe, cinéaste, chargé de recherche en anthropologie visuelle, Université de Lausanne.

Raphaël Rousseleau, professeur en anthropologie, Institut d’Histoire et Anthropologie des Religions (IHAR, FTSR), Université de Lausanne, chercheur associé au Centre d’Etude de l’Inde et de l’Asie du Sud (EHESS-CNRS).

Jagannath ou le « seigneur du monde » est une forme locale – une statue de bois avec de gros yeux peints – du dieu pan-indien Vishnu, honorée dans le temple de Puri en Odisha (Inde de l’Est). Ses influences variées font de lui un dieu à dimension universelle, attirant des fidèles de toute l’Inde et bien au-delà. Le dieu sort chaque année de son temple pour se « donner à voir » dans sa ville, sur un char de bois. Le but principal des dévots est alors de croiser son regard et de participer à la procession. Une prescription respectée de façon plus variable est de se purifier dans plusieurs points d’eau, dont le principal est l’Océan indien lui-même. Nous proposons ici une brève immersion dans l’univers sensoriel des pèlerins rendant visite à l'Océan. Notre choix méthodologique se concentre sur cette dernière expérience, mêlant par excellence dévotion et divertissement, pour montrer la profondeur culturelle du regard sur « la plage », ou le « désir de rivage » selon l'expression d'Alain Corbin. Nous avons tenté une traduction des expériences sensorielles des pèlerins, en confrontant nos ressentis à ceux que les pèlerins touristes nous confirmaient avoir ressentis, à ce qu'ils jugeaient explicitement important de ressentir.

Mots-clés : Inde, Pèlerinage, Tourisme, Jagannath, Anthropologie visuelle

Jagannath or “Lord of the World” is a local form of the Pan-Indian god Vishnu, honored in the temple of Puri in Odisha (Eastern India). The peculiarity of its shape - a wooden statue with large painted eyes - has caused much speculation about its possible origins. His various influences make him a universal god, attracting followers from all over East India and beyond. This aspect is all the more present as the god leaves his temple every year to “show himself” in his city, on a wooden chariot. The main goal of the devotees is then to cross the eyes of the god and participate in the procession. Finally, it is advisable to purify oneself in several water tanks, the larger one being the Indian Ocean itself. Rather than giving a description of the countless rituals, we propose here a brief immersion in the sensory universe of the pilgrims visiting the Ocean. Our methodological choice focuses on this last pilgrim experience, an experience blended par excellence between devotion and entertainment, to show the cultural depth of the look at “the beach”, or the “shore desire” as Alain Corbin put it. The “translation” of this moment was not so much a question of capturing and restoring practices, but of being attentive to sensitive experiences by comparing our feelings with the tourist pilgrims’ ones, confirmed through interviews on what they considered explicitly important to feel.

Keywords : India, Pilgrimage, Tourism, Jagannath, Visual anthropology

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Image 1 - Les trois chars des divinités : la fratrie Jagannath, Balabhadra, Subhadra (Puri, 2015) Image 2 - Diversité socio-culturelle des touristes-pèlerins : Rajasthan, Bengale, Odisha, dévots « Hari Krishna » internationaux… (Puri, 2014) Image 3 - Sur le Char de Jagannath, des prêtres très modernes… (Puri, 2014) Image 4 - La plage de Puri pendant le festival de 2015 Image 5 - La grande plage de Puri : un lieu d’attractions touristiques et un lieu recherché pour sa fraîcheur et son calme reposant après la foule du centre-ville (Puri, 2015) Image 6 - Marchands de coquillages – des bracelets de coquillages sont vendus traditionnellement pour les épouses, et la diversité des formes représente symboliquement la richesse de l’océan (Puri, 2014) Image 7 - « Ô Tirthârâja, je te salue, car tes eaux représentent une forme de Vishnu. Tu soutiens toutes les vies animales, tout en permettant aux autres d’atteindre le salut. Tu es celui qui produit le feu, tu es l’ombilic de Vishnu, ta forme est source de plaisir » (Mohapatra, 1979, p. 398-400). Ici, le dieu Shiva sculpté en sable (Puri, 2015) Image 8 - Arati : offrande d’une flamme de camphre au dieu Océan Samudra (Puri, 2014) Image 9 - Plage de Puri, pèlerins venus de Kathmandou (Puri 2015) Image 10 - Puri, 2015 Images 11 - « Ô Seigneur, tu es si vaste, sans limites, je ne suis rien comparé à toi ! » Images 11 - « Ô Seigneur, tu es si vaste, sans limites, je ne suis rien comparé à toi ! » Images 13 - De nombreux étals longent les rues principales de Puri : jouets, gadgets, épices, bijoux, DVD, etc. y sont vendus. Très souvent, on y trouve aussi des images votives de Jagannath, Balabhadra, Subhadra (Puri 2015) Images 14 - De nombreux étals longent les rues principales de Puri : jouets, gadgets, épices, bijoux, DVD, etc. y sont vendus. Très souvent, on y trouve aussi des images votives de Jagannath, Balabhadra, Subhadra (Puri 2015) Image 15 - Vishnu au visage de Jagannath, sur l’océan cosmique (mur de restaurant, Puri, 2015)

« Voir » la mer à Puri

Essai de traduction vidéo-photographique

Nous souhaitons offrir ici une brève immersion dans l’univers des pèlerins rendant visite à l'Océan. Photographies et films, couplés à une recherche historique et ethnographique, proposent une traduction des expériences sensorielles des pèlerins-touristes de Jagannath, dont les propos recueillis ont orienté nos choix lors des prises de vues.

Le cheminement proposé ci-dessous additionne des extraits de l’expérience des pèlerins et il aboutit à une vidéo que nous suggérons de visionner en clôture de la lecture de l’article. Cette séquence vidéo, comme une vague finale, vient alors remettre des sons et des éclats de voix sur la traduction visuelle et textuelle initiale.

Image 1 - Les trois chars des divinités : la fratrie Jagannath, Balabhadra, Subhadra (Puri, 2015)

Image 1 - Les trois chars des divinités : la fratrie Jagannath, Balabhadra, Subhadra (Puri, 2015)
© F. Mobio

Image 2 - Diversité socio-culturelle des touristes-pèlerins : Rajasthan, Bengale, Odisha, dévots « Hari Krishna » internationaux… (Puri, 2014)

Image 2 - Diversité socio-culturelle des touristes-pèlerins : Rajasthan, Bengale, Odisha, dévots « Hari Krishna » internationaux… (Puri, 2014)
© F. Mobio

Image 3 - Sur le Char de Jagannath, des prêtres très modernes… (Puri, 2014)

Image 3 - Sur le Char de Jagannath, des prêtres très modernes… (Puri, 2014)
© F. Mobio

Jagannath ou le « seigneur du monde » est une forme locale du dieu pan-indien Vishnu, honorée dans le temple de Puri en Odisha (Inde de l’Est). La particularité de sa forme – une statue de bois avec de gros yeux peints – a fait beaucoup spéculer sur ses origines possibles. Ses influences variées font de lui un dieu à dimension universelle, attirant des fidèles de toute l’Inde orientale et bien au-delà (Rajasthan, Népal, mais aussi Japon, États-Unis, etc.). Cet aspect est d’autant plus présent que le dieu sort chaque année de son temple pour se « donner à voir » dans sa ville, sur un char de bois. Le but principal des dévots est alors de croiser le regard du dieu (darshan) et de participer à la procession, ainsi que de partager sa nourriture. Enfin, coutume respectée de façon plus variable, il convient de se purifier dans plusieurs points d’eau, dont le principal est l’Océan indien lui-même.

Nous proposons ici une brève immersion dans l’univers sensoriel des pèlerins lors de cette dernière activité. Notre choix se concentre sur cette expérience pèlerine mêlée entre dévotion et divertissement, pour montrer la profondeur culturelle du regard sur « la plage », ou le « désir de rivage » selon l'expression d'Alain Corbin (1988). Nous allons voir que la sensibilité indienne à la mer se montre aussi complexe que celle de l’Europe moderne : entre odeur d’iode et de poissons, sables poisseux, et évocations des eaux du déluge.

D’un point de vue méthodologique, nous avons tenté une traduction des expériences sensorielles des pèlerins de Jagannath, expériences visuelles mais évidemment aussi tactiles, sonores, olfactives et gustatives. Le parti-pris de restituer « l’esprit des lieux » indiens a été exploré pour Bénares/Varanasi, par Matthieu Claveyrolas à travers l’ethnographie d’un temple (2003), et à travers les textes par Diana Eck (1983). Également Robert Gardner (et Àkos Östor) dans le film Forest of Bliss (1986) transcrit les conceptions hindoues relatives à la purification, aux funérailles avec des images des expériences vécues et des plans métaphoriques, sans commentaires. Notre perspective s’en est inspirée initialement, lors de trois recherches de terrain dans une autre grande ville de pèlerinage, Puri, en juillet 2014, puis mars et juillet 2015. Cependant, la ville, la fête concernée et la volonté de mieux faire comprendre les pratiques nous ont orienté dans une direction plus ethnographique.

Il ne s’agissait pas tant de capter et d’illustrer des pratiques, que d’être attentif aux expériences sensibles des pèlerins, en confrontant nos ressentis à ceux qu’ils confirmaient avoir ressentis, à ce qu'ils jugeaient explicitement important de ressentir. Ainsi, ce ne sont pas seulement les actes mais aussi les propos des pèlerins-touristes qui ont orienté nos choix lors des prises de vues. Parler de traduction permet d'assumer, de manière critique, notre regard situé sur les choses ainsi que l'inévitable choix d'interprétation de tout traducteur, à bonne distance à la fois d'un relativisme subjectif et d'une supposée « objectivité » des images, en tentant d’être au plus près de l’expérience locale, tout en sachant que la distance reste incommensurable. Comme le disent aussi bien J.-P. Olivier de Sardan (2008) qu’un défenseur d’une anthropologie phénoménologique comme Michael Jackson, la description fine du vécu ne suffit pas à atteindre une interprétation plus « vraie ». La peur de la surinterprétation ne doit pas occulter le risque de sous-interprétation ou mésinterprétation induit par le manque de contextualisation. Les outils de l’anthropologie visuelle, sur ce point, ne font que rendre plus saillants les choix de l’ethnographe de découper dans un réel qui le surpasse, tout en laissant une part plus grande à l’expression de la rencontre sur le terrain.

Il existe une évidente variabilité des raisons de venir au bord de mer, et les pèlerins représentent une certaine catégorie de touristes. S’ils partagent le goût du divertissement balnéaire, leur différence majeure (mais qui reste relative) demeure le supplément de but recherché (purification, libération). Pour la majorité des pèlerins, comme tout cours d’eau en Inde (et le Gange en particulier), la « grande mer » (mahodadhi) est purificatrice, mais concentre d’autant plus cette vertu qu’elle collecte toutes les eaux, représentant ainsi le « roi des sites sacrés/confluents » (tirthârâja).

Image 4 - La plage de Puri pendant le festival de 2015

Image 4 - La plage de Puri pendant le festival de 2015
© F. Mobio

Image 5 - La grande plage de Puri : un lieu d’attractions touristiques et un lieu recherché pour sa fraîcheur et son calme reposant après la foule du centre-ville (Puri, 2015)

Image 5 - La grande plage de Puri : un lieu d’attractions touristiques et un lieu recherché pour sa fraîcheur et son calme reposant après la foule du centre-ville (Puri, 2015)
© F. Mobio

Image 6 - Marchands de coquillages – des bracelets de coquillages sont vendus traditionnellement pour les épouses, et la diversité des formes représente symboliquement la richesse de l’océan (Puri, 2014)

Image 6 - Marchands de coquillages – des bracelets de coquillages sont vendus traditionnellement pour les épouses, et la diversité des formes représente symboliquement la richesse de l’océan (Puri, 2014)
© F. Mobio

Image 7 - « Ô Tirthârâja, je te salue, car tes eaux représentent une forme de Vishnu. Tu soutiens toutes les vies animales, tout en permettant aux autres d’atteindre le salut. Tu es celui qui produit le feu, tu es l’ombilic de Vishnu, ta forme est source de plaisir » (Mohapatra, 1979, p. 398-400). Ici, le dieu Shiva sculpté en sable (Puri, 2015)

Image 7 - « Ô Tirthârâja, je te salue, car tes eaux représentent une forme de Vishnu. Tu soutiens toutes les vies animales, tout en permettant aux autres d’atteindre le salut. Tu es celui qui produit le feu, tu es l’ombilic de Vishnu, ta forme est source de plaisir » (Mohapatra, 1979, p. 398-400). Ici, le dieu Shiva sculpté en sable (Puri, 2015)
© F. Mobio

D’autres dévots disent y recueillir surtout la bénédiction du beau-père de Jagannath. Lakshmi, la déesse épouse de Vishnu/Jagannath, est en effet fille de l’Océan. C’est aussi l’avis de trois vieux vishnouïtes venus de Kathmandou, qui ajoutent que l’Océan est la « base » (adhan) de toutes les richesses (ratna, etc.) mais aussi de la vie (jiban) et de la création (shrusti). Lakshmi est en effet déesse de la Fortune et célèbre pour être née (parmi d’autres « joyaux ») du barattage de la mer de lait, un épisode mythologique célèbre. Ainsi l’Océan est-il célébré comme vaste et généreux, pourvoyeurs de merveilles, malgré ses dangers.

Hommage à Toi, mine de joyaux ! Ton cœur est insondable, puisqu’en dissimulant cette jeune femme Tu as trompé le dieu Visnu comme si Tu le frustrais de Laksmi. Je me range sous Ta protection, Toi dont les dieux mêmes n’atteignent point les limites (…). Accorde-moi de gagner l’objet de mon désir.

(Somadeva, 1997, p. 955)

Image 8 - Arati : offrande d’une flamme de camphre au dieu Océan Samudra (Puri, 2014)

Image 8 - Arati : offrande d’une flamme de camphre au dieu Océan Samudra (Puri, 2014)
© F. Mobio

Image 9 - Plage de Puri, pèlerins venus de Kathmandou (Puri 2015)

Image 9 - Plage de Puri, pèlerins venus de Kathmandou (Puri 2015)
© F. Mobio

Une troupe d’ascètes Ramanandi d’Uttar Pradesh détaille encore ces réponses : l’Océan est père et réalité suprême (paramapita), présent à la création (shusti) comme lors de la destruction cyclique du monde. Sa présence immuable témoignerait de son éternité. L’Océan conserverait ainsi les eaux des déluges, préludes aux créations successives, et forme visible du néant sur lequel Vishnu sommeille (reposant sur le cobra Ananta) entre deux créations cosmiques. Situé auprès de l’Océan, ce lieu est cependant inatteignable par les tempêtes, le feu ou les ravages du temps, selon le mythe de fondation du temple, ce qui ancre Puri à la « racine » même du monde.

Enfin, réflexion plus abstraite, son immensité (bishalata) contribuerait à élargir aussi l’esprit (manas).

Image 10 - Puri, 2015

Image 10 - Puri, 2015
© F. Mobio

Un homme sur la plage priant devant l’Océan. Il venait d’une ville industrielle du nord de l’Odisha (Rourkela), et était en vacances de son travail, avec sa belle-famille. Venu pour se divertir dit-il, mais face à l’Océan, il n’a pu que s’exclamer : « Ô Seigneur, tu es si vaste, sans limites, je ne suis rien comparé à toi ! ».

Le dieu Jagannath est aussi souvent célébré par des formules évoquant son immensité et sa compassion pour les simples humains :

Sans ta compassion, ô océan de compassion/bonté, les humains sont incapables d’atteindre la délivrance des liens du monde.

(Sarala Das)

Images 11 - « Ô Seigneur, tu es si vaste, sans limites, je ne suis rien comparé à toi ! »
Images 11 - « Ô Seigneur, tu es si vaste, sans limites, je ne suis rien comparé à toi ! »

Images 11 et 12 - « Ô Seigneur, tu es si vaste, sans limites, je ne suis rien comparé à toi ! » (Puri, 2014)
© F. Mobio

Les pèlerins peuvent prolonger l’expérience de la vision du dieu à travers les photos-souvenirs ou les images dévotionnelles du dieu achetées sur place. Pour l’Inde du nord, C. Pinney a montré que le « kitsch » des peintures religieuses indien répond à leur usage, puisqu’on attend qu’elles offrent une impression de « plénitude » (barkat, Pinney, 2001, p.167), ce qui les rend « merveilleuses » (chamatkari).

Les vendeurs soulignent le fait que les photos-montages sont des original pictures par rapport aux peintures. Leur authenticité et efficacité résident cette fois dans l’objectivité de la photographie, censée être un reflet direct de la statue qui « présentifie » quant à elle le dieu. De fait, les couleurs sont souvent rehaussées et des plans différents combinés ensemble, mais il s’agit de vues originales. Les photographies donnent en outre un effet de présence, bien que l’on puisse distinguer une « gradation ontologique » de la photo de journal à la photo de téléphone mobile, en passant par les photos-montages (Heinich, 2012, p. 30).

Images 13 - De nombreux étals longent les rues principales de Puri : jouets, gadgets, épices, bijoux, DVD, etc. y sont vendus. Très souvent, on y trouve aussi des images votives de Jagannath, Balabhadra, Subhadra (Puri 2015)
Images 14 - De nombreux étals longent les rues principales de Puri : jouets, gadgets, épices, bijoux, DVD, etc. y sont vendus. Très souvent, on y trouve aussi des images votives de Jagannath, Balabhadra, Subhadra (Puri 2015)

Images 13 et 14 - De nombreux étals longent les rues principales de Puri : jouets, gadgets, épices, bijoux, DVD, etc. y sont vendus. Très souvent, on y trouve aussi des images votives de Jagannath, Balabhadra, Subhadra (Puri 2015)
© Francis Mobio

Image 15 - Vishnu au visage de Jagannath, sur l’océan cosmique (mur de restaurant, Puri, 2015)

Image 15 - Vishnu au visage de Jagannath, sur l’océan cosmique (mur de restaurant, Puri, 2015)
© F. Mobio

Vidéo 1 - Essai vidéographique Prendre la vague
© F. Mobio, 2015 (7min.)

Nous espérons avoir offert ici une brève immersion dans l’univers sensoriel des pèlerins rendant visite à l'Océan. Mêlé au divertissement, nous avons vu que le rivage évoque divers imaginaires liés à Jagannath, aux dévots indiens. Les photographies ont tenté de véhiculer les ambiances visuelles et sonores, la proxémie et les flux des masses dans une fête rassemblant des milliers de personnes, les rythmes, etc. Photographies et films, couplés à une recherche historique et ethnographique, ont permis de proposer ici une traduction des expériences sensorielles des pèlerins-touristes de Jagannath, dont les propos ont orienté nos choix lors des prises de vues. Parler de traduction permet d'assumer, de manière critique, notre regard situé sur les choses ainsi que l'inévitable choix d'interprétation de tout traducteur, à bonne distance à la fois d'un relativisme subjectif et d'une supposée version littérale en images, « collant au texte » pur des pratiques pèlerines.

Bibliographie

BADONE Ellen et ROSEMAN Sharon (2004), Intersecting Journeys. The Anthropology of Pilgrimage and Tourism, Urbana, University of Illinois Press.
CLAVEYROLAS Mathieu (2003), Quand le temple prend vie. Atmosphère et dévotion à Bénarès, Paris, Éditions du CNRS, coll. « Monde indien ».
ECK Diana (1983), Banaras: City of Light, London, Routledge & Kegan Paul.
HEINICH Nathalie (2012), De la Visibilité. Excellence et singularité en régime médiatique, Paris, Gallimard NRF.
MOHAPATRA Gopinath (1979), The Land of Vishnu. A Study on Jagannâtha Cult, B.R. Publishing Corporation, Delhi.
OLIVIER DE SARDAN Jean-Pierre (2008), La Rigueur du qualitatif. Les contraintes empiriques de l’interprétation socio-anthropologique, Louvain-la-neuve, Bruylant-Academia, Coll. « anthropologie prospective ».
PINNEY Christopher (2004), Photos of the Gods. The Printed Image and Political Struggle in India, New Delhi, Oxford University Press.
SOMADEVA (1997), Océan des rivières de contes : Kathâsaritsâgara, Paris, La Pléiade.

Pour citer cet article

Francis Mobio, Raphaël Rousseleau, « 'Voir' la mer à Puri. Essai de traduction vidéo-photographique », Revue française des méthodes visuelles [En ligne], 3 | 2019, mis en ligne le 5 juillet 2019, consulté le . URL : https://rfmv.fr