Méthodes Visuelles, de quoi parle-t-on ?
Images fixes
N°1, 08-2017
ISBN : 978-2-85892-471-4
https://rfmv.fr/numeros/1/

Pour une approche « collaborative » en sociologie visuelle

Lorsque les enquêtés deviennent guides du chercheur-photographe

Sylvaine Conord, Université Paris Nanterre

La photographie est maintenant largement reconnue comme moyen de restituer et de valoriser la recherche anthropologique et sociologique. En revanche elle est moins pratiquée lorsqu’il s’agit de l’intégrer à un système de coopération entre chercheur et enquêtés. Deux travaux entrant dans le cadre de la recherche participative et plus précisément de la recherche « collaborative » montrent l’intérêt d’inviter les enquêtés à entrer en dialogue constant avec le chercheur à partir d’une implication forte dans le processus de prises de vues. Que ce soit par le rôle de femmes juives tunisiennes comme commanditaires des photographies et des choix de mises en scène ou par la fonction de guide dans un quartier populaire de Paris, Lisbonne, Vienne ou Bruxelles attribuée à l’enquêté par la chercheure, le dispositif mis en place favorise un mode de production des connaissances particulier.

Mots-clés : Photographie, Recherche participative, Sociologie visuelle, Méthode, Quartier, Pèlerinage

Photography is now widely recognized as a means of restitution and valorization in anthropological and sociological research. It is less practiced when it comes to integrating it into a system of cooperation between researcher and persons. Two works from participatory research and more precisely of “collaborative” research show the interest of inviting the investigated person to enter into constant dialogue with the researcher starting from a strong involvement in the process of taking pictures. Whether it is through the role of Tunisian Jewish women as sponsors of photographs and choices of staging or by the function of guide in a popular neighborhood of Paris, Lisbon, Vienna or Brussels attributed to the investigated person by the researcher the device promotes a particular way of producing knowledge.

Keywords : Photography, Participatory research, Visual sociology, Method, Neighborhood, Pilgrimage

Galerie des images
Image 1 - Clientes du café La Vielleuse, quartier de Belleville, 1998, Paris, France Image 2 - Passant boulevard de Belleville, 1999, Paris, France Image 3 - Pèlerinage de <em>Lag ba-Omer</em>, mai 1996, Djerba, Tunisie, arrivée à la synagogue de la Ghriba Image 4 - Pèlerinage de <em>Lag ba-Omer</em>, mai 1996, à l’intérieur de la synagogue de la Ghriba Image 5 - Pèlerinage de <em>Lag ba-Omer</em>, mai 1996, à l’intérieur de la synagogue de la Ghriba. <br/>La grotte de la <em>Ghriba, « la solitaire, l’étrangère, la merveilleuse »</em> Image 6 - Pèlerinage de <em>Lag ba-Omer</em>, mai 1996, à l’intérieur de la synagogue de la Ghriba<br/>La <em>Menorah</em> Images 7 - Pèlerinage de <em>Lag ba-Omer</em>, mai 1996, à l’intérieur de la synagogue de la Ghriba<br/>La <em>Menorah</em> Images 7 et 8 - Pèlerinage de <em>Lag ba-Omer</em>, mai 1996, à l’intérieur de la synagogue de la Ghriba<br/>La <em>Menorah</em> Image 9 - Pèlerinage de <em>Lag ba-Omer</em>, mai 1996, El Hamma, Tunisie<br/>Auto mise en scène devant la tombe d’un rabbin saint Image 10 - Pèlerinage de <em>Lag ba-Omer</em>, mai 1996, Djerba, Tunisie<br/>Procession Image 11 - Pèlerinage de <em>Lag ba-Omer</em>, mai 1996, Djerba, Tunisie<br/>Recueillement sur la tombe de Rabbi Youssef El Maraabi, El Hamma Image 12 - Pèlerinage de <em>Lag ba-Omer</em>, mai 1996, Djerba, Tunisie<br/>Retour à Tunis Image 13 - Pèlerinage de <em>Lag ba-Omer</em>, mai 1996, Djerba, Tunisie<br/>Retour à Tunis Image 14 - Paris 18ème, quartier de la Goutte d’Or, Ibitssam, Ibtissam qui ne souhaitait pas être photographiée, juillet 2015<br/>Face à sa parcelle située dans un jardin partagé de l’association Goutte verte Image 15 - Paris 18ème, Boulevard de la Chapelle, quartier de la Goutte d’Or<br/>Ibitssam, juillet 2015 Image 16 - Paris 18ème, Rue de Chartres, quartier de la Goutte d’Or<br/>Ibitssam, juillet 2015 Image 17 - Paris 18ème, Rue Cavé, quartier de la Goutte d’Or<br/>Ibitssam, juillet 2015 Image 18 - Paris 18ème, 56 Rue Stephenson, quartier de la Goutte d’Or<br/>Ibitssam, juillet 2015 Image 19 - Paris 18ème, Rue Ordener, quartier de la Goutte d’Or<br/>Ibitssam, juillet 2015 Image 20 - Lisbonne, 21 Travessa da Nazaré, quartier de la Mouraria, Vitor, novembre 2014, à l’école de fado de la Mouraria située dans les locaux du Groupo Desportivo da Moura Image 21 - Lisbonne, Rue du Capelão, quartier de la Mouraria, Vitor, novembre 2014 Image 22 Lisbonne, Rue du Capelão, quartier de la Mouraria, Vitor, novembre 2014 Image 23 - Lisbonne, Rue Marquês Ponte de Lima, quartier de la Mouraria, Vitor, novembre 2014 Image 24 - Lisbonne, École de fado de la Mouraria. 21 Travessa da Nazaré, quartier de La Mouraria, Vitor, novembre 2014 Image 25 - Lisbonne, Martim Moniz, quartier de la Mouraria, Vitor, novembre 2014

Pour une approche « collaborative » en sociologie visuelle

Lorsque les enquêtés deviennent guides du chercheur-photographe

Les méthodes qualitatives en sciences humaines plaçant l’observation au centre d’une démarche d’investigation interrogent presque systématiquement le degré d’implication du chercheur et favorisent l’analyse réflexive. La connaissance de l’autre est une connaissance par l’écoute mais peut-être plus encore par le regard (Laplantine, 2009, p. 151). Pour exprimer la réalité du terrain, on retrouve dans le vocabulaire anthropologique aussi bien que sociologique des expressions couramment utilisées dans le domaine de la photographie : on dit que le chercheur est un « observateur » et non un auditeur, on parle également de la « vision du monde », du « voir », du « point de vue », « de l’objectif », de « regards croisés », de la « subjectivité », des « angles de vue », de la « délimitation du cadre » (p. 151). Lorsque le chercheur, par un double regard, le sien et celui des personnes rencontrées sur le terrain, intègre à sa méthode des prises de vues photographiques, il a cette capacité d’ajouter à son statut d’observateur une expérience de partage spécifique avec les sujets photographiés. C’est l’idée d’une approche participative, plus précisément « collaborative » que je voudrais interroger ici. La recherche « collaborative » correspond à un courant de recherche développé à l’origine au Canada et plus particulièrement en sciences de l’éducation depuis les années 1990. Elle représente une des deux grandes familles de la recherche participative par l’implication des acteurs dans le processus de production des connaissances et des données (Gonzales-Laporte, 2014, p. 3). Comment la participation des enquêtés les rend-elle actifs dans un processus dynamique d’interaction avec le chercheur ? Sur un terrain de recherche, l’encouragement aux échanges à propos de la conception de l’image ou de sa réception entre chercheur-photographe et sujets photographiés multiplie les angles de vues sur une réalité donnée. Il s’agit donc de faire participer les enquêtés en tant que guides, accompagnateurs, conseillers, durant le processus de captation des images. Cette méthode prend une place particulière dans l’histoire des usages de la photographie en sciences humaines, c’est ce que nous verrons dans un premier temps. Puis, il sera ensuite question, autour de cette même approche, de deux terrains de recherche qui ont permis de mettre en place un dispositif d’échanges de manière distincte. Pour le premier terrain portant sur l’étude de femmes juives tunisiennes du quartier parisien de Belleville, c’est une situation d’observation participante menée par une chercheure-photographe qui ne prévoyait pas à l’origine l’intervention des acteurs dans l’enquête photographique. Et, pour la seconde expérience issue d’une recherche collective européenne, il s’agit d’une démarche photographique consistant à considérer au moment de la prise de vues les avis des sujets photographiés devenus guides de la chercheure-photographe dans la visite d’un quartier de Paris, Lisbonne, Vienne ou Bruxelles.

La place de la démarche « collaborative » dans la sociologie visuelle

À travers différents ouvrages fondamentaux de nombreux chercheurs ont participé à l’émergence d’un ensemble de méthodes visuelles qui considère l’image fixe en anthropologie et en sociologie, au-delà de sa simple capacité à illustrer, comme un argument de la démonstration. Alors que la photographie est considérée comme un mode de connaissance (Piette, 2007), je reconnais un caractère heuristique aux interactions existant entre un photographe et des personnes photographiées avant, pendant et après la prise de vues. Mais cette dimension n’a pas toujours été prise en compte dans les travaux en anthropologie et sociologie visuelle.

Les travaux photographiques et filmiques de Margaret Mead et Gregory Bateson parus en 1942 sont précurseurs dans la manière d’introduire l’image photographique comme un instrument de recherche à part entière. Il s’agit d’une recherche réalisée entre 1936 et 1939, dans le village de Bajoeng Gede, à Bali. 759 photographies prises sur le terrain par Gregory Bateson sont reproduites dans cet ouvrage (Mead, Bateson, 1942) sous forme de planches accompagnées de légendes détaillées apportant au lecteur diverses indications à propos du sujet et/ou de l’action photographié. Les choix des prises de vues photographiques relatives au langage non verbal du corps des Balinais révèlent une grande variété de points de vue originaux, tant par les sujets photographiés (gestes, comportements, attitudes, interactions de la mère à l’enfant, apprentissage), que par les choix techniques (cadrages diversifiés, mouvements figés, mise en page en série). Emmanuel Garrigues écrit à propos de ce travail : « Il a fallu l’association de ces deux talents pour que jaillisse de leur entente l’idée de mettre la photographie au premier plan de la description et l’écriture à son service plutôt que le contraire » (Garrigues, 1991, p. 50). Ici le chercheur ne semble pas réellement adopter une logique de partage avec les sujets photographiés, du moins peut-on le penser en lisant la partie du livre consacrée à la méthode qui ne fait aucune mention à la relation vécue entre chercheur-photographe et acteurs du terrain. En sociologie, Howard S. Becker a développé, durant les années 1980, des réflexions sur le monde contemporain incluant des méthodes visuelles qualitatives. Il note que la photographie et la sociologie sont nées à la même période et qu’elles concernent le même projet, celui d’explorer la société. La sociologie visuelle, comprise comme l’utilisation de techniques audiovisuelles et photographiques intégrées à une démarche scientifique en sociologie, est, en France, issue de ce courant anglo-saxon où l’on retrouve également des travaux de cet autre sociologue américain, Douglas Harper, sur l’observation des vagabonds dans le Nord-Ouest américain (Harper, 1982). Depuis les années 1990 en France, on peut constater l’évolution de la sociologie visuelle par sa progressive institutionnalisation (création de revues scientifiques, numéros spéciaux de revues, publications, enseignement, colloques de plus en plus fréquents, constitution de réseaux), mais aussi par l’apport de nouvelles méthodes comme celle introduisant la photographie collaborative. Entre la sociologie visuelle sur, avec et en images (Maresca, Meyer, 2013, p. 24), le chercheur a le choix. Il est question ici exclusivement de situations où le chercheur produit et diffuse ses images et travaille en étroite collaboration avec les acteurs de son terrain de recherche.

L’américain John Collier Jr., par son livre intitulé Visual Anthropology: Photography as a Research Method publié pour la première fois en 1967 a aussi participé aux débuts de l’introduction de la photographie comme instrument d’investigation d’un terrain. John Collier Jr., avant de devenir universitaire aux États-Unis dans un département d’anthropologie, fut photographe documentaire de 1941 à 1943, pour le compte de la Farm Security Administration1. Son intention partagée avec celle de Malcom Collier (qui réédite avec lui en 1986 l’ouvrage publié d’abord en 1967) fut d’établir les principes de base et l’inventaire des méthodes intégrant l’usage de l’image destinée aux anthropologues (Collier et Collier, 1986, p. 2). Leur originalité, qui nous intéresse ici, réside dans la manière d’introduire la photographie comme un support à l’entretien (la photo-elicitation). Ils considéraient ainsi la photographie, à la différence de Gregory Bateson et Margaret Mead, comme un objet intervenant directement au cœur même de la relation chercheur/enquêté. Fabienne Duteil-Ogata d’une part et Christian Papinot d’autre part l’ont expérimenté à la suite de John Collier Jr dans leurs travaux respectifs sur la photographie-interview (Duteil-Ogata 2007 ; Papinot, 2007), son apport et ses limites.

Plus récemment, aux États-Unis, Douglas Harper (2012) d’une part, et en France, Sylvain Maresca et Michaël Meyer (2013) d’autre part, renouvelèrent l’idée d’un précis de sociologie visuelle destiné aux étudiants et aux chercheurs. Ils y expliquent combien le numérique a bouleversé les pratiques photographiques et en conséquence les rapports pouvant exister entre chercheur-photographe et personnes photographiées. On comprend également grâce à l’ouvrage de Sylvain Maresca et Michaël Meyer (p. 55) que « la photographie participative » telle que la décrivent les auteurs qui consiste à confier un appareil photo aux enquêtés n’est pas l’objet de nos propos, puisque dans notre cas seul la chercheure-photographe réalise les prises de vues. Il s’agit ici davantage de « photographie collaborative » qui consiste plus largement en une participation des acteurs au processus de production de la connaissance et des données (Gonzales-Laporte, 2014, p. 3), ici, par leur rôle de guide sur le terrain attribué par le chercheur-photographe. À l’origine la notion de recherche collaborative est appliquée à des praticiens professionnels dans le domaine de la formation et de la sociologie de l’éducation. C’est l’idée d’une vision socio-constructive du « savoir » qui m’a intéressée.

À l’aide d’images commentées je présente deux expériences, l’une concernant le choix de l’observation participante par une chercheure-photographe dans le cadre d’une investigation à long terme et des conséquences sur les rapports entre enquêtés et chercheur-photographe ; l’autre, à moyen terme et réalisée à titre expérimental, traitant de l’intérêt de faire intervenir directement les enquêtés dans les choix de prises de vues (cadrage, lieux, sélection) lors de visites guidées dans leur quartier. La prise en compte des interactions entre sujet photographiant et sujets photographiés est au cœur de ces démarches (Conord, 2000, 2007 ; Conord, Cuny, 2015).

La chercheure-photographe en situation d’observation: le cas du pèlerinage Lag ba-Omer2

Bronislaw Malinowski utilisa la photographie comme instrument de documentation sur le terrain dans le Pacifique, en Mélanésie et sur les îles Trobriand entre 1916 et 1922. Il a également contribué à instaurer et systématiser l’observation participante comme méthode en anthropologie (Maresca, Meyer, 2013, p. 11-12). Albert Piette s’intéressant à sa démarche, consistant en la tenue d’un journal de bord parallèlement à des prises de vues photographiques, retient une note de B. Malinowski sur la fonction des clichés : ceux-ci peuvent aider à contrôler les notes de terrain et à reformuler certaines affirmations (Piette, 2007, p. 24). Je vais présenter cette méthode par un travail photographique sur un pèlerinage juif tunisien qui a eu lieu à la fin des années 1990. Il ne s’agit plus comme au XIXe siècle d’attester à travers les images de la présence de l’anthropologue sur le terrain. Il est davantage question d’intégrer la subjectivité de la photographie dans la réflexion, par la prise en compte des interactions vécues sur le terrain par le chercheur, qui induisent les choix de prises de vues. Prendre des photographies représente un acte. La photographie peut être considérée par certains auteurs comme une trace du réel, une empreinte (Dubois, 1990). La prise de vues représente un moyen d’accroître la capacité de mémorisation du chercheur comme le montrait déjà Marcel Mauss (Mauss, 1967). La dimension temporelle de l’image fixe est spécifique. François Laplantine écrit à ce sujet que « La photographie, en inventant un dispositif visuel, renouvelle les questions que l’on pouvait se poser jusque-là à propos du domaine du visuel. Elle ouvre un champ d’interrogations inédites : les relations au semblable, au semblant, au dissemblant, le lien à la mémoire, et, à travers cette dernière, à la mort. » (Laplantine, 2009, p. 152). Le temps passe. « Ce que vous avez photographié a disparu irrémédiablement » (Dubois, 1990, p. 89). Le devoir de mémoire est souvent compris par le chercheur comme une nécessité, lorsque celui-ci enquête sur des quartiers ou des milieux sociaux témoins d’un passé révolu ou amenés à vivre de profonds changements. Ce fut le cas d’une enquête que j’ai mené auprès d’un groupe de femmes juives originaires de Tunisie vivant en région parisienne entre 1995 et 2001. Ce travail déjà ancien a valeur de mémoire, compte tenu de l’âge de ces femmes au début de l’enquête (entre 60 et 86 ans) et de tous les changements survenus depuis dans le quartier de Belleville et en Tunisie3. Cet investissement d’une chercheure-photographe sur une longue durée offre un grand potentiel relatif aux usages de l’image. En effet, le temps de l’enquête et des années suivant ce travail permettent dans ce cas de figure des retours sur images et des comparaisons avec d’autres expériences plus récentes : une re-photographie de lieux ou de personnes autrefois fréquentés.

Arrivées en France dans les années 1950, ces femmes juives tunisiennes étaient reconnues par leurs pairs comme les gardiennes d’une tradition issue de la vie en Tunisie dans le quartier populaire de Tunis, Hafsia. Il m’a semblé nécessaire, afin de saisir la teneur, la complexité et l’évolution des rapports vécus entre le chercheur et les sujets, de privilégier une approche empirique progressive en participant à tous les moments auxquels je fus conviée par le groupe étudié, mon principal engagement étant, vis-à-vis d’elles, de produire des images (portraits, circoncision, bar mitzvah, mariage et fêtes diverses). J’ai simplement partagé des moments, courts ou longs, de la vie quotidienne, au gré des gens, au gré des événements, accordant autant d’importance aux faits et gestes qu’à la parole. J’ai choisi de présenter ici des extraits photographiques sur le pèlerinage juif tunisien auquel avaient participé plusieurs de ces femmes. Le pèlerinage étant éloigné géographiquement du quartier de Belleville et ne durant qu’un laps de temps unique, ces images révèlent leur fonction mémorielle. L’invitation reçue de ces femmes à y participer témoigne de la confiance qu’elles m’accordaient.

Image 1 - Clientes du café La Vielleuse, quartier de Belleville, 1998, Paris, France
© S. Conord

Légende
Dans ce contexte de prises de vues lié à la spécificité des cafés et à la fréquence des visites sur chaque lieu, l’observateur-photographe est nécessairement intégré dans le champ même de l’observation.
Le café se prête bien à ce type d’observation (Steiner, Conord, 2010). C’est un endroit où l’observatrice peut s’installer des heures durant à une table à l’écoute des discours partagés en français et en dialecte judéo arabe.
C’est un lieu où le regard tient une place centrale : le client est l’observateur de ceux qui l’observent.

Image 2 - Passant boulevard de Belleville, 1999, Paris, France
© S. Conord

Légende
Le quartier de Belleville se trouve au carrefour de multiples recherches en sciences sociales. Véritable laboratoire urbain, riche d’une histoire plurielle, ce quartier est témoin de pratiques sociales et culturelles originales (Deboulet, de Villanova, 2011).
Au début de cette recherche, je ne pensais pas sortir de ce cadre. Or, les femmes juives tunisiennes n’habitaient plus le quartier depuis plusieurs années, elles y revenaient par habitude pour se rapprocher d’un cercle d’amies. Le quartier était pour elles un lieu d’ancrage dont le café serait le port d’attache. Elles y discutaient de leur vie personnelle mais aussi de l’organisation de toutes leurs rencontres : rebaybia (Conord, 2012), fêtes et cérémonies familiales, excursions à Deauville, vacances à Juan les Pins, et pèlerinages. La fonction de photographe qu’elles m’attribuèrent (Conord, 2007) créa un lien de confiance et de complicité qui me conduisit à les suivre bien au-delà des limites du quartier jusqu’à leur pays d’origine, la Tunisie.

Image 3 - Pèlerinage de Lag ba-Omer, mai 1996, Djerba, Tunisie, arrivée à la synagogue de la Ghriba
© S. Conord

Légende
Notre groupe transporté par car arrive à la synagogue de la Ghriba. L’organisateur avait préparé une grande banderole tenue par l’ensemble de notre groupe de pèlerins pour une rituelle prise de vue photographique attestant de leur présence lors de ce pèlerinage. En première lecture, cette arrivée fracassante sur les lieux du pèlerinage fait penser à une opération commerciale ou à une excursion du troisième âge dont les objectifs s’éloigneraient du religieux. J’ai pu constater que la culture religieuse juive tunisienne populaire était en lien avec de nombreuses pratiques touristiques (Conord, 2008). L’appareil de la chercheure-photographe se confond avec l’ensemble de tous les nombreux moyens de prises de vues utilisés par les touristes, de multiples objectifs sont braqués sur la scène photographiée. Cette situation rend en quelque sorte invisible l’observatrice, qui, admise pour être participante, fait partie intégrante du public présent.

Image 4 - Pèlerinage de Lag ba-Omer, mai 1996, à l’intérieur de la synagogue de la Ghriba
© S. Conord

Légende
Les femmes et quelques hommes allument, en se recueillant, plusieurs chandelles en formulant un vœu. Ces pèlerins expriment de fortes émotions. La photographe se fait discrète, observe, enregistre des images qui serviront à la description des scènes. Sa participation s’en tient à suivre les différents temps du pèlerinage et à les photographier. Le rôle du chercheur devient ici celui de témoin.

Image 5 - Pèlerinage de Lag ba-Omer, mai 1996, à l’intérieur de la synagogue de la Ghriba.
La grotte de la Ghriba, « la solitaire, l’étrangère, la merveilleuse »
© S. Conord

Légende
Au fond de la synagogue on trouve une très étroite ouverture qui conduit à une petite grotte. La Ghriba dont l’histoire serait étroitement liée à celle de la synagogue.
Voici une des versions racontée par une pèlerine du quartier de Belleville : « C’est l’histoire d’une jeune femme, qu’elle a ni parent ni famille, ni... elle est toute seule. Elle avait une cabane. Dans la cabane, y’ a eu le feu. Elle, elle était assise, le feu il a été tout entouré d’elle et elle, a pas bougé ! Tout est tombé, tout est brûlé sauf elle ! Elle était assise. C’est pour ça qu’ils l’ont appelée “La Ghriba” : elle avait personne. Comme une statue elle est devenue. Parce qu’elle avait pas… (hésitations). C’est-à-dire le feu, il a pris tout, mais sauf elle. Et c’est là qu’on l’appelle “La Ghriba”, que tout le monde y vont la voir. Ils font un don pour elle… Voilà, c’est tout […] C’était à Djerba. Elle avait une petite cabane au loin, éloignée… Et c’est là, qu’ils appellent la grotte de la Ghriba (sous-entendu celle située sous la synagogue de la Ghriba). Elle est enterrée là. C’est pour ça que tout le monde, quand il rentre chez elle, c’est là-bas qu’elle est enterrée. Quand on met les œufs sur sa tombe et tout et qu’on fait une prière pour elle, pour la famille, la santé à tout le monde, une richesse, un don pour les enfants qui se marient, pour les jeunes filles qui se marient, ceux qui sont malade il guérit [sic]. C’est ça qu’on appelle la Ghriba, et ça, tous les ans. ».
Après avoir pénétré la grotte, je me suis trouvée face à une femme qui touchait les parois de ses cheveux, un geste pour remercier la Ghriba de l’avoir guérie d’une maladie grave durant laquelle elle avait perdu ses cheveux. D’autres déposeront comme des offrandes, des œufs dans l’espoir que des vœux soient exaucés.
Les entretiens réalisés durant le séjour complètent les prises de vues qui nécessitent une contextualisation dans le cadre d’une démarche scientifique.

Image 6 - Pèlerinage de Lag ba-Omer, mai 1996, à l’intérieur de la synagogue de la Ghriba
La Menorah
© S. Conord

Légende
Des femmes touchent les foulards déposés par les pèlerines sur un objet appelé Menorah. C’est une pyramide hexagonale montée sur un tricycle qui séjourne toute l’année dans une pièce du caravansérail. Elle présente sur cinq étages la hiérarchie des êtres selon les Djerbiens. Au sommet du troisième étage, court l’inscription en lettres hébraïques : « Ce chandelier est en l’honneur de Rabbi Meïer Ba’al Hanes et de Rabbi Shimon Bar Yochaï » (Udovitch, Valensi, 1984), rabbins saints célébrés lors du pèlerinage Lag ba-Omer. L’enregistrement visuel donne à voir des éléments sur les détails des objets servant au pèlerinage qui sont sortis de la synagogue seulement une fois par an.

Images 7 et 8 - Pèlerinage de Lag ba-Omer, mai 1996, à l’intérieur de la synagogue de la Ghriba
La Menorah
© S. Conord

Légende
Avant la procession, la Menorah est enveloppée, recouverte, dissimulée sous plusieurs épaisseurs de foulards de soie et de mousseline. Chaque pèlerine lance un foulard sur elle, certaines d’entre elles l’aspergent de parfum ou d’eau de Cologne. Comme à la synagogue d’Ofakim en Israël, la Menorah, parée de ces foulards multicolores et dorés, est embrassée longuement dans un moment de recueillement par les femmes, mais aussi par quelques hommes. L’observatrice-photographe capte les expressions et les gestes, autant d’éléments du langage non verbal.

Image 9 - Pèlerinage de Lag ba-Omer, mai 1996, El Hamma, Tunisie
Auto mise en scène devant la tombe d’un rabbin saint
© S. Conord

Légende
Les photographies prises des femmes du quartier de Belleville, souriantes, en couleurs et en pose frontale, face à l’objectif, faisaient aussi partie du corpus photographique puisqu’elles révélaient la manière dont les sujets souhaitaient être pris en photo, leur goût et les personnes choisies pour les accompagner dans la pose. Ici, on voit Gisèle, poser près de la tombe du Rabbin Youssef El Maraabi, le sourire aux lèvres, portant une robe rouge aux motifs blancs et couverte de tissus brillants qui devaient servir à recouvrir la Menorah. Durant tout le temps du pèlerinage, Gisèle m’a demandé de la prendre en photo de manière systématique et répétée sur les lieux les plus symboliques, aux côtés de la Menorah, d’un rabbin, allumant des bougies, déposant des foulards, aux côtés d’une tombe de rabbin saint etc.
Ces séries de poses régulières, dans toutes les étapes du pèlerinage sont révélatrices du type d’interactions existant entre la photographe et le sujet photographié : un véritable lien de réciprocité, l’une grâce à ses pratiques photographique ayant un accès privilégié à un bel objet anthropologique, l’autre étant assurée de revenir à Belleville avec un album complet attestant de sa présence et de l’accomplissement de tous les gestes inhérents à ce pèlerinage. On pourrait penser à une instrumentalisation de la chercheure si celle-ci n’avait pas vécu cette situation comme un échange réciproque par lequel elle pouvait ainsi librement produire parallèlement ses propres images.

Image 10 - Pèlerinage de Lag ba-Omer, mai 1996, Djerba, Tunisie
Procession
© S. Conord

Légende
La Menorah est ensuite conduite en procession depuis le caravansérail jusqu’au Hara Sghira. Le cortège démarre lentement. Le privilège de tirer le chariot sur quelques mètres est vendu aux enchères, l’argent étant reversé ensuite à la synagogue. Cette vente se répète tous les 10 mètres et stoppe régulièrement le cortège qui met ainsi environ deux heures avant d’arriver au village voisin. La chercheur-photographe suit les mouvements, les déplacements. Si le travail avait été réalisé en équipe, un cinéaste et un preneur de son auraient pu compléter les prises de vues photographiques qui ont cependant cet avantage de figer un instant précis ré-observable par la suite dans tous ses détails.

Image 11 - Pèlerinage de Lag ba-Omer, mai 1996, Djerba, Tunisie
Recueillement sur la tombe de Rabbi Youssef El Maraabi, El Hamma
© S. Conord

Légende
Au centre du temps du pèlerinage, il y a la Hilloulah, c’est-à-dire la célébration de l’anniversaire de la mort d’un rabbin saint. La date précise du décès de la plupart de ces personnages étant souvent inconnue, on les célèbre lors de la Hilloulah de Lag ba-Omer ou pendant les mois d’Elul ou de Tishri du calendrier judaïque. Cette fête contribue, chaque année, à perpétuer les croyances populaires judéo-tunisiennes, véhiculées jusqu’à nos jours à travers de nombreuses légendes de source orale. Plusieurs rabbins sont vénérés et considérés comme saints, grâce à leur savoir reconnu de qualité exceptionnelle. Érudits et cabalistes4, les Juifs tunisiens les appellent les tsaddikim (signifiant les justes5), mais surtout grâce aux miracles qu’ils ont accomplis. En faisant la Hilloulah, les pèlerins espèrent la réalisation de vœux formulés sur les lieux saints. Ces vœux concernent essentiellement les domaines de la guérison, du mariage ou de la fécondité.

Image 12 - Pèlerinage de Lag ba-Omer, mai 1996, Djerba, Tunisie
Retour à Tunis
© S. Conord

Légende
Les clientes des cafés parisiens de Belleville me l’avaient dit, elles n’avaient pas revu leur ville natale, Tunis, depuis 35 ans et le pèlerinage de Djerba donna l’occasion à certaines d’y revenir pour une courte visite. Le taxi nous emmenait en direction d’Hafsia, le quartier où elles avaient grandi. La sociologue-photographe avait décidé de prolonger sa participation à toutes les étapes de ce voyage par cette visite.

Image 13 - Pèlerinage de Lag ba-Omer, mai 1996, Djerba, Tunisie
Retour à Tunis
© S. Conord

Légende
L’arrivée à l’entrée du quartier fit retomber l’enthousiasme initial, elles ne reconnaissaient rien du quartier. Mais en avançant, elles se repéraient progressivement. L’une retrouva la maison de son grand-père, une autre sa maison, son école.
La chercheure-photographe expérimente ici une méthode qui consiste à demander aux sujets photographiés qui l’accompagnent de la guider sur le territoire qu’ils jugent significatif de leur propre histoire.

De retour à Paris, l’enquête continua avec cette même logique d’échanges et de participation des actrices. Durant le déroulement du pèlerinage elles m’avaient fait participer aux rites par les prises de vues que je pouvais réaliser d’elles-mêmes alors qu’elles choisissaient les mises-en-scène et en partie les angles de vues. Éclairée par leurs témoignages sur les significations de leurs gestes et des faits observés et enrichie des images que je pouvais produire pour les besoins de la recherche, je continuais mon investigation en empruntant les chemins qu’elles m’indiquaient comme lors de cette déambulation dans les rues de Tunis. C’est le lien entre les deux terrains que je présente ici : comment, comme dans l’enquête qui suit, des acteurs devenus guides de la chercheure-photographe participent au sens « collaboratif » du terme à la recherche en cours par une visite commentée d’un quartier connu ou fréquenté par ces anciens, actuels ou futurs habitants.

Les enquêtés comme guides de la chercheur-photographe : le cas des visites de quartier du programme R.E.V.

De la méthode de l’observation participante dans le cadre d’une démarche ethnographique, est apparue l’idée de demander aux sujets photographiés de devenir les guides d’une visite de leur quartier et d’intervenir dans les choix de prises de vues du chercheur-photographe. Proche de la recherche participative ou collaborative, cette démarche réalisée à court terme et en équipe est liée aux méthodes qualitatives de la sociologie urbaine visuelle.

S’intéresser à la vie quotidienne et aux représentations d’habitants de quatre quartiers populaires européens à travers l’enregistrement de récits de vie et de vues photographiques en lien avec leurs représentations de la ville, tel est un de mes objectifs poursuivi dans le cadre d’un programme de recherche européen. Ce programme « Rester en (centre) Ville » (R.E.V.) financé par le PUCA (Plan Urbanisme Construction Architecture), fut dirigé par deux sociologues, Yankel Fijalkow et Claire Lévy-Vroelant, mené par 11 chercheurs6 plus une sociologue-photographe que je représentais. Cette recherche a débuté en 2013 et s’est terminée début 2016. Elle concerne le quartier de la Goutte d’Or à Paris, le quartier de la Mouraria à Lisbonne, le quartier Heyvaert à Bruxelles et le quartier Volkert à Vienne. Il s’agit d’un travail sur la notion de « résistances » des personnes habitantes d’un quartier populaire en voie de transformation.

Les conclusions du rapport de recherche écrit par l’ensemble de l’équipe de recherche précisent que nous nous sommes interrogés sur la nature des résistances pratiques et narratives dont ces habitants sont capables, et si finalement la métropolisation aura raison d’elles. Associant près de 200 entretiens semi-directifs réalisés par les chercheurs des différents pays complétés par des balades urbaines socio-photographiques, nous avons recherché les représentations des habitants soutenant de telles pratiques en laissant place aux plus modestes d’entre eux, migrants, étrangers, chômeurs. Ce sont des quartiers aux populations hétérogènes qui attirent récemment de nouveaux habitants (issus de classes moyennes, des touristes) appréciant l’histoire, le multiculturalisme et la centralité de ces quartiers. En même temps, les quartiers conservent leur caractère de porte d’entrée naturelle et de lieu d’accueil de nombreuses vagues migratoires7. Pour beaucoup des interviewés cette recomposition sociale risque de bousculer l’identité spatiale et sociale des quartiers, « l’authenticité se perd » disent-ils. Par la méthode des balades urbaines photographiques qui furent organisées, on voit que de nouveaux lieux apparaissent : cafés, cybercafés, ateliers et vitrines d’artistes qui sont perçus positivement ou négativement par les plus anciens habitants.

À travers des échanges sur le terrain lors de visites de quartiers guidées par un habitant la sociologue-photographe co-construit avec l’interviewé des images des lieux du quotidien. Le récit de l’habitant est réinterprété par la photographe à travers ses choix techniques de cadrage, de composition et de sélection. Ce dialogue est constant, au plus près des représentations de l’habitant et possible grâce aux conditions d’une situation d’observation participante.

Je me suis inspirée de la « méthode des itinéraires ou la mémoire involontaire » de Jean-Yves Petiteau, même si j’y ai apporté quelques modifications : il s’agit de « suivre celui (l’enquêté(e)) qui nous guide par le corps et la parole sur un territoire qu’il invente et qu’il construit par la mise en scène de son récit. Quelque chose d’explicite va se livrer dans l’instant. Le parcours n’est pas seulement le déplacement sur le territoire de l’autre, c’est en même temps un déplacement sur son univers de références » (Petiteau, 2006). Lors de la visite, le sujet photographié, à chaque début d’itinéraire, institue un parcours sur un territoire et l’énonce en le parcourant. La sociologue-photographe l’accompagne ainsi qu’un.e chercheure de l’équipe qui a réalisé le premier entretien formant ainsi un trio. Il était demandé à l’habitant de nous désigner les lieux, objets ou personnes à photographier en fonction du rôle qu’ils jouaient, positif ou négatif, dans leur vécu quotidien dans le quartier. Une des formes de restitution de la recherche retenue dans ce programme fut de réaliser une exposition de photographies prises sur les quatre terrains d’enquête. L’exposition intitulée « Résistances ordinaires de quartiers populaires. De Vienne à Lisbonne, de Bruxelles à Paris » est itinérante8 et confirme l’intérêt de montrer des visuels accompagnés de textes conçus comme des moyens efficaces de valorisation d’une recherche collective (Chabrol, Conord, Fijalkow, Henrio, Rozenholc, 2016). Quelques images de ce travail, plus précisément deux visites guidées l’une à Paris et l’autre à Lisbonne sont présentées ici accompagnées d’extraits d’entretiens courts pour privilégier le langage visuel.

Image 14 - Paris 18ème, quartier de la Goutte d’Or, Ibitssam, Ibtissam qui ne souhaitait pas être photographiée, juillet 2015
Face à sa parcelle située dans un jardin partagé de l’association Goutte verte
© S. Conord

Légende
Ibtissam a 27 ans. Elle est née en Tunisie, à Djerba, puis est allée étudier à Tunis. Après une année de Master à l’École européenne de l’image de Poitiers, elle s’est installée à Paris en 2011. Elle suit un Master 2 en Arts plastiques à l’Université Paris 13.
Elle habite chez son père à la Goutte d’Or, boulevard de la Chapelle. Ibtissam évoque les préjugés qu’elle a entendus sur la Goutte d’Or et dit se trouver à l’aise et bien dans ce quartier « du moment qu’on ne cherche pas la petite bête ». Elle est devenue une fervente défenseure du quartier et est impliquée dans plusieurs associations d’aide aux devoirs, de jardins partagés. Elle a organisé dans le quartier une exposition sur la notion de la transmission chez les Égyptiens anciens.

Image 15 - Paris 18ème, Boulevard de la Chapelle, quartier de la Goutte d’Or
Ibitssam, juillet 2015
© S. Conord

Légende
« Je ne veux pas changer de quartier. Par exemple ce grand boulevard, j’y suis toujours, c’est derrière le quartier c’est une découverte. Il y a deux hammams dans le quartier celui-ci est fermé l’autre fonctionne toujours, mais c’est très très ancien je n’y vais pas. »

Image 16 - Paris 18ème, Rue de Chartres, quartier de la Goutte d’Or
Ibitssam, juillet 2015
© S. Conord

Légende
« Quand j’ai découvert la Goutte d’Or j’ai aimé cette rue, la rue de Chartres. J’aime la vue sur le Sacré-Cœur, et cette boucherie, les couleurs. Pour moi c’est ça la Goutte d’Or. »

Image 17 - Paris 18ème, Rue Cavé, quartier de la Goutte d’Or
Ibitssam, juillet 2015
© S. Conord

Légende
« J’ai un petit potager sur la parcelle associative La Goutte verte, là au fond. »

Image 18 - Paris 18ème, 56 Rue Stephenson, quartier de la Goutte d’Or
Ibitssam, juillet 2015
© S. Conord

Légende
« Le vendredi, ils mettent des rideaux et c’est là qu’on trouve le plus de monde pour la prière. J’y ai vu l’exposition « Cherchez l’erreur » aussi. J’aime beaucoup ce lieu (inauguré en 2013), j’y vais souvent. »

Image 19 - Paris 18ème, Rue Ordener, quartier de la Goutte d’Or
Ibitssam, juillet 2015
© S. Conord

Légende
« Je n’aime pas ce lieu-là c’est le bout du quartier, au bout de la rue de Stephenson, on dirait que c’est la fin, il n’y a pas l’ambiance. Heureusement les graffitis ça anime le mur on avait avant l’impression qu’on allait s’écraser. C’est la limite… »

Image 20 - Lisbonne, 21 Travessa da Nazaré, quartier de la Mouraria, Vitor, novembre 2014, à l’école de fado de la Mouraria située dans les locaux du Groupo Desportivo da Moura
© S. Conord

Légende
Vitor a 36 ans. Il est né dans sa maison, au 21 de la Travessa do Jordão, dans le quartier de la Mouraria. Il habite toujours la même rue à l’heure actuelle. Ses frères et sœurs sont nés ici. Il travaille à Padaria Portuguesa (café-boulangerie) et le soir chante et danse le flamenco dans un bar.

Image 21 - Lisbonne, Rue du Capelão, quartier de la Mouraria, Vitor, novembre 2014
© S. Conord

Légende
« J’ai toujours été dans le quartier. J’en suis sorti pendant 6 ans mais je venais tous les mois. J’étais marié et je venais tous les mois voir ma mère. Je continuais à dormir à la maison et je retournais toujours à mes origines, la maison de ma mère. »

Image 22 Lisbonne, Rue du Capelão, quartier de la Mouraria, Vitor, novembre 2014
© S. Conord

Légende
« Fernando Maurício, le roi du Fado né dans le quartier. »

Image 23 - Lisbonne, Rue Marquês Ponte de Lima, quartier de la Mouraria, Vitor, novembre 2014
© S. Conord

Légende
« Il y a des gens qui ont une perception un peu mauvaise du quartier … Il a une réputation un peu étrange, le quartier de Mouraria, depuis toujours. …[…] Mouraria n’est pas ce que les gens pensent “le trafic, les femmes…” non, ce sont des êtres humains comme les autres. …. Mais le quartier est tellement “brûlé” que quand on parle de Mouraria les gens ont peur. Pourquoi c’est comme ça, je ne sais pas expliquer… »

Image 24 - Lisbonne, École de fado de la Mouraria. 21 Travessa da Nazaré, quartier de La Mouraria, Vitor, novembre 2014
© S. Conord

Légende
« Ceci est pour la “marcha” (défilé de représentants de chaque quartier la nuit du 12 juin qui chantent et dansent sur l’Avenida da Liberdade à Lisbonne). Le meilleur est récompensé par un prix. Nous ne l’avons pas eu cette année. »

Image 25 - Lisbonne, Martim Moniz, quartier de la Mouraria, Vitor, novembre 2014
© S. Conord

Légende
« Là-bas c’était le Adoque… C’était une sorte de hangar, où il y avait des bals et les auto-tamponneuses de l’autre côté. Ceci, il y a vingt ans en arrière le Adoque, les pavillons où je jouais. Aujourd’hui rien de cela n’existe… C’est maintenant le Centro Commercial do Martim Moniz. Il y avait aussi une terrasse et les baraques (marché « provisoire » qui est resté là quelques décennies). »

Ces parcours rendent compte d’une approche sensible de la ville liée à des histoires de vie, à des pratiques quotidiennes sur les lieux, à des croisements de regards que la chercheure enregistre par une captation des images et des mots, accompagnée par un-e autre chercheur-e de l’équipe qui, selon le contexte, dialoguait avec l’enquêté et traduisait les propos exprimés en allemand ou en portugais.

La construction de l’image parfois prime sur les mots lorsque l’enquêté désigne seulement le lieu à photographier sans commenter davantage ou très peu. La photographie est support de mémoire lorsque par la méthode de la photo-elicitation l’enquêté-e revoit après la visite les photos avec les chercheur-e-s et les commente à nouveau, comme c’était le cas lorsque le temps nous le permettait. Cela revient à une réelle implication des enquêtés qui, en dialogue avec les deux chercheurs, aident à la découverte d’un quartier qui leur est familier. À la différence du travail concernant les femmes juives tunisiennes cette enquête est fragmentée en plusieurs parcours réalisés à court terme durant 2 ans à partir de fin 2014. On retrouve l’idée d’une participation des enquêtés à la recherche sur les deux terrains, mais pour le programme R.E.V. l’approche « collaborative » était programmée dès le début, elle faisait partie des objectifs. C’est un dispositif mis en place, un protocole de prises de vues qui prend en compte également le temps limité passé dans chacune des quatre villes. La visite guidée dans les rues du vieux Tunis que ces femmes avaient habité 35 ans auparavant introduisait en quelque sorte les prémisses de cette méthode. Ainsi deux recherches en apparence très différentes participent d’une même volonté de créer un rapport particulier entre chercheure-photographe et enquêtés à partir de prises de vues photographiques réalisées par la chercheure.

Conclusion

La photographie à caractère sociologique et en particulier cette méthode des itinéraires qui implique l’habitant dans la prise de vues et la visite d’un quartier ajoutent à la compréhension du système de lieux et de lien social. S’interroger d’une part, sur la méthode de l’observation participante pratiquée par une chercheure-photographe, et, d’autre part, sur la participation à la prise de vues des enquêtés, nous permet d’aborder les liens entre photographie et sociologie d’une manière innovante. Ces deux terrains ont apporté des éléments de réflexion à la question restant ouverte : comment s’opère la transformation de l’enquêté sujet, à l’enquêté acteur dans la démarche sociologique ? Ce questionnement est aussi celui de la démarche dite « collaborative » reconnue en sociologie de l’éducation comme faisant partie de la recherche participative et que j’ai tenté ici d’expérimenter en sociologie urbaine en invitant les acteurs à s’investir dans le processus de production des connaissances et des données.

Dans le programme R.E.V., la photographie offre un accès au sens que les habitants donnent individuellement aux transformations de l’habitat et à l’évolution des espaces publics par des images co-construites en étroite collaboration avec la chercheure-photographe en suivant un protocole d’enquête élaboré au début de la recherche. Ce travail a permis de confirmer qu’il n’y pas une image de la ville mais des images superposées et qu’un croisement de regards offre un accès spécifique aux quatre quartiers étudiés. Dans la recherche concernant un pèlerinage juif tunisien, l’initiative vient des enquêtées qui participent à la recherche en attribuant à la chercheure-photographe un rôle de professionnelle de l’image et en l’invitant ainsi à partir du quartier de Belleville (lieu de rencontre avec l’enquêtrice) pour rejoindre le pèlerinage Lag ba Omer en Tunisie dont l’observation et la photographie des rites présentent un intérêt anthropologique. Ces femmes deviennent pleinement actrices lorsqu’elles se mettent en scène face à l’appareil photo, et l’échange présente un caractère de réciprocité lorsque la chercheure en situation d’observation participante a, de son côté, toute liberté de photographier parallèlement les scènes observées auxquelles elle a eu accès grâce à leur invitation. Ces deux recherches possèdent une certaine continuité entre elles alors qu’elles sont éloignées dans le temps l’une de l’autre. Cette comparaison permet de confirmer des choix méthodologiques et mon parti pris pour ce type de recherche. La comparaison des images prises sur des terrains à des périodes ou dans des recherches différentes ou la revisite photographique raconte aussi quelque chose du travail de la chercheure avec les images accompagnant sa carrière.

Aux travaux classiques où « l’autorité photographique » qui décide des prises de vue est tout entière monopolisée par le chercheur, il faut aujourd’hui compter sur des approches qui partagent, négocient et redistribuent les décisions de prises de vues dans la relation enquêteur/enquêté. Cette démarche apporte un gain certain en réflexivité grâce à la prise en compte du point de vue de personnes investies d’un rôle concret vis-à-vis du chercheur. Des chercheurs anglo-saxons ont donné une dimension politique à ce courant en introduisant l’idée de la démocratisation de la connaissance (Cammarota, Fine, 2008 :21). Ce n’est pas une notion nouvelle, elle est inhérente à la recherche-action, mais elle est amenée certainement à se développer sous diverses formes. Irène Jonas, sociologue, montre dans un article récent l’actualité de la photographie participative (Jonas, 2016). Elle a confié des appareils photo dans un cadre professionnel à des auxiliaires puéricultrices. Dans les années 1980-1990 souligne-t-elle cette méthode était davantage utilisée par les milieux associatifs avec des milieux stigmatisés (comme les « jeunes de banlieue »). Quand on retrouve cette démarche en recherche, elle est aussi associée à la nécessité d’inviter les personnes rencontrées sur le terrain à s’exprimer par l’image qui ne remplace pas les mots mais vient les enrichir, les compléter. C’est aussi la question de la compréhension d’une activité perceptive. Comment une auxiliaire perçoit-elle son travail quotidien ? Comment les habitants à Paris, Lisbonne, Vienne ou Bruxelles vivent-ils leur quartier ? Si les réflexions sur l’usage de la photographie en sociologie et en anthropologie visuelle ont traité plus largement de la photographie comme moyen de restituer et valoriser les résultats de la recherche, elles ont accordé en revanche moins d’attention à la présentation d’images photographiques comme outil d’investigation et de production de données (Papinot, 2007, p. 79 citant Schwartz, 1989, p. 119). La recherche par l’image en étroite collaboration avec les enquêtés apporte des éléments sur les représentations sociales par une libération de la parole des ceux-ci. Les lieux (espaces publics, espaces domestiques, lieu de travail, ville ou campagne), la vie quotidienne, la mémoire familiale, les trajectoires résidentielles, les pèlerinages, les fêtes religieuses et profanes sont autant d’objet de recherche susceptibles d’être abordés de cette manière. Même si depuis la fin des années 1990 la sociologie visuelle s’est considérablement développée en Europe et aux États-Unis, les différentes formes de la recherche participative déjà présentes au Canada, sont, en France, encore au stade des prémisses d’une certaine légitimation et les travaux sont présentés dans cet article à titre expérimental. L’observation participante implique le chercheur autant que les enquêtés dans un processus de coopération. De même, la photographie-interview (ou photo-elicitation) introduit un dialogue autour de supports images réalisés. Par la photographie collaborative, l’enquêté est invité à entrer directement dans le processus de production des images avec le chercheur. Et d’autres méthodes aux différentes variantes apparaîtront probablement dans un avenir proche. Ainsi la photographie placée au centre du dispositif d’enquête comme objet, instrument, mode de représentation et moyen pour le chercheur d’interagir avec les enquêtés trouve sa place dans une recherche participative qui devrait toucher aussi bien les domaines de la pédagogie que ceux de l’investigation scientifique.

Notes

1 Franklin Roosevelt suite à la crise financière de 1929 crée la Farm Security Administration (FSA) en 1937 qui comprend une section photographique dont le but est de documenter à travers l’image les conditions de vie et de travail des Américains ruraux. Sa mission sous-jacente est aussi politique, il s’agit de convaincre, de rallier l’opinion américaine à la politique du Président F. Roosevelt. Les photographies réalisées par de nombreux auteurs aujourd’hui reconnus pour leur travail ont marqué l’histoire de la photographie (comme les images des photographes Walker Evans et Dorothea Lange).

2 Le pèlerinage Lag (e héreu 33) ba-Omer – première gerbe d’orge offerte à Dieu le deuxième jour de la Pessah (Pâques) – correspond à la période commençant le 2e jour de la Pessah jusqu’au 33e jour de l’Omer selon les Juifs tunisiens. Ce jour a lieu une célébration du rabbin saint, Rabbi Chim’on Bar Yohaï.

3 Je reprends cette recherche ancienne dans ma démonstration car elle est le meilleur exemple parmi mes travaux d’une situation d’observation participante sur un long terme puisque le travail d’enquête a duré 5 ans.

4 D’après le Littré un cabaliste est un homme savant dans la cabale juive (tradition juive touchant l’interprétation de l’Ancien Testament).

5 Pour les Juifs d’Afrique du Nord, le terme le plus répandu, quand on évoque le nom d’un rabbin saint, est celui de tsaddik, juste, ou de sa forme pluriel tsaddikim. [...] Les titres de « Rabbi », mot hébreu signifiant « mon maître », « mon rabbin », ou de « Rab », devant le nom propre, sont également de rigueur. Quand les pèlerins prononcent le nom d’un saint, ils lèvent la main et l’embrassent dévotement.

6 Ces chercheurs des quatre pays sont : Yankel Fijalkow, Claire Lévy-Vroelant (dir.) et Marie Chabrol, Teresa Costa Pinto, Yannick Henrio, Christina Liebhart, Madalena Matos, Christoph Reinprecht, Martin Rosenfeld, Caroline Rozenholc, Mathieu Van Criekingen.

7 Extraits du rapport de recherche écrit par l’ensemble de l’équipe, « Rester en (centre) ville. Résistances et résiliences de la ville ordinaire dans quatre quartiers populaires de capitales européennes : Paris, Lisbonne, Bruxelles, Vienne » (Plan Urbanisme Construction Architecture ).

8 Cette exposition a été installée à l’Institut de Sociologie de Vienne en Autriche du 10 novembre au 10 décembre 2016, du 21 juin au 4 juillet 2016 à la MSH de Poitiers dans le cadre du colloque Les 30 ans de MIGRINTER, du 27 mai au 3 juin 2016 à l’ENSA Paris Val de Seine. Cf. Simona Tersigni, « Quartiers populaires une visite guidée », Métropolitiques, 30 mai 2016. En ligne :http://www.metropolitiques.eu/Quartiers-populaires-une-visite.html

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Pour citer cet article

Sylvaine CONORD, « Lorsque les enquêtés deviennent guides du chercheur-photographe. Une approche 'collaborative' en sociologie visuelle », Revue française des méthodes visuelles [En ligne], 1 | 2017, mis en ligne le 14 juillet 2017, consulté le JJ/MM/AAAA. URL : https://rfmv.fr